« Maussades tropiques »

Pour la toute première fois depuis la création de l’association, il y a plus de dix ans, À Mots croisés a proposé, cet automne, une journée d’écriture à ses écrivants : « Quand écriture rime avec architecture ». Annie Lamiral, intervenante, a choisi de l’organiser à Bazoches-sur-Guyonne, près de Montfort-L’Amaury. Le matin, visite guidée et atelier d’écriture à la Maison Louis Carré, conçue par l’architecte Alvar Aalto. L’après-midi s’est déroulée à la Maison Jean Monnet, l’architecte de l’Europe. La visite guidée – assurée par Véronique Recher que nous remercions ici chaleureusement – a permis de nourrir les récits, de croiser l’Histoire avec la fiction.

À suivre le récit de Jean-François, une rencontre entre deux personnages de différents pays d’Europe.

🔹Maussades tropiques

Fichtre, quelle pluie, quel vent ! Je vais sortir le kite, la glisse sera formidable et s’il y a quelques vagues, ça va être génial de faire des sauts. Après la douche, je descends prendre le petit-déj et hop je saute dans la bagnole. Ça a été rapide, je ne vois personne au restaurant. Parfait, je ne vais pas être dérangé. Je déjeune vite fait et me précipite au spot de la Porte d’Enfer. C’est quand même étonnant qu’il n’y ait personne, la salle est vide je n’aperçois même pas le personnel. Mais où ont-ils fourré les fruits, les tartines, croissants et tout le reste, bols couverts et tout et tout ?

Où sont les serveurs, faut que j’aille voir à l’accueil ce qui se passe. Ils ont toujours des grèves et autres revendications soudaines dans ces foutus pays chauds. Mais il n’y a personne ici non plus.

Ah ! La sonnerie est là. J’appelle. C’est curieux, ça ne circule pas ce matin, les lumières sont éteintes. Nom de dieu, je vais sonner à nouveau, ça fait déjà trois minutes que j’ai appelé. Ah, enfin voilà quelqu’un !

− Qu’est-ce qui se passe, monsieur, il n’y a personne dans cet hôtel ? Qu’est-ce que vous foutez ?

− Mais vous n’avez pas entendu les informations ?

− Les informations ? Mais je suis en vacances moi et j’ai bien d’autres choses à faire.

− Excusez-moi, monsieur, mais je dois vous dire, nous sommes en vigilance rouge.

− Et alors, qu’est-ce que j’en ai à foutre. Vigilance rouge, vigilance rouge. Je m’en tape, je veux sortir mon kite. Servez-moi mon petit-déjeuner ! Qu’est-ce qu’il me raconte ce con en pyjama ?

− Monsieur, nous allons passer en vigilance violet, vous ne pouvez pas sortir.

− Foutu pays ! Sacré bordel ! Me voilà bloqué dans cet hôtel ! 

− Monsieur, nous sommes dans la zone tropicale et c’est la saison des cyclones et on annonce un force quatre. Tout le monde doit se calfeutrer. 

− Et merde, et ma liberté alors ? Vacances foutues ! Les gens ne comprennent rien sous ces tropiques. Venir si loin de l’Europe pour rester enfermé, foutu merdier ! Jdi se doprdele !

− O la tala sôti ?

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑