Pour cet atelier d’écriture hors les murs, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a choisi l’atelier-musée Chana Orloff, Villa Seurat, une maison qui abrite une impressionnante collection de sculptures de l’artiste. Expérimentant toutes sortes de matériaux, terre cuite, bois, bronze, ciment ou plâtre, Chana Orloff s’est imposée contre l’une des plus grandes sculptrices et portraitistes de son siècle.
Après la visite guidée par Liva que nous remercions ici chaleureusement ainsi qu’Ariane Tamir, petite-fille de Chana Orloff et co-conservatrice du musée, Annie a invité le petit groupe à observer attentivement les sculptures, à regarder « au-delà du corps », à poser des mots, à faire une description sensible de l’œuvre de leur choix, ce que la posture, la matière, le style racontent. Puis, dans un autre temps d’écriture à faire dialoguer deux sculptures.
À suivre les récits de Nicole.
Surprise
Je n’oublierai pas mon entrée dans l’atelier de Chana Orloff : une immersion au milieu d’une multitude de sculptures…hommes, femmes, enfants, animaux, et tous les yeux d’une quantité de portraits qui vous fixent plus vrais que vrai ! Bois, plâtre, pierre, marbre, bronze…toutes ces matières magnifiquement travaillées, de toutes les tailles, sous tous les angles : un manifeste de beauté !
Je ne connais rien de Chana Orloff. Je suis un peu étourdie : mes yeux ne savent trop où se poser. Heureusement, la personne qui nous a accueillis me guide d’une œuvre à l’autre et me fait ressentir toutes leurs qualités. En suivant leur chronologie, notre accompagnatrice nous fait aussi revivre l’épopée et l’immense talent de cette artiste, peut-être un peu moins connue à notre époque…
Si vous ignorez tout du 7 villa Seurat (Paris 14ème) n’hésitez pas, venez à la rencontre des merveilles de cet atelier-musée.
Chana et Ariela
Elle aurait pu choisir des mots, écrire un livre pour retracer les 80 ans de sa vie mouvementée : Ukraine, Paris, Suisse, États-Unis, Israël… En fait, en point final, Chana nous a laissé sa dernière œuvre : un superbe visage de femme derrière lequel s’accroche une crinière foisonnante de cheveux.
La tête campée bien droite, l’air décidé, presque fier : c’est elle avant la guerre de 1939-1945. Le visage est très lissé, brillant : il prend et renvoie la lumière, la vie. Des détails y sont inscrits avec finesse : le doux modelé des pommettes, les oreilles bien ourlées. Les lèvres sont sérieuses vues de face mais elles esquissent un léger sourire, vues de profil ! Sous un front bombé, les yeux sont troublants, très en relief, à peine entrouverts, comme s’ils voulaient garder en eux tous les éléments de votre silhouette. Tout est vivant et calme.
Les cheveux, par contre, c’est Chana pendant et après la guerre. Ses doigts ont trituré la matière en tous sens, l’ont raclée, griffée parfois. Sa chevelure descend très touffue, très terne, tire la tête vers le bas. Elle est lourde à porter… comme le fait d’être juive. Elle tire la jeunesse de son visage en arrière mais Chana a fait face, elle a résisté, est toujours allée de l’avant, jusqu’à cette dernière signature…
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