Pour ce nouvel atelier d’écriture « Réminiscences », Valentine Pardo @Laphilosopheuse sur Instagram, a proposé de réinventer, réexplorer, donner une voix à nos souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux.
Premier temps d’écriture, raconter un souvenir sensoriel, une « madeleine » à l’instar de Proust.
À suivre le récit d’Amina.
La douceur du cuir
Voilà dix jours maintenant que je séjournais à Édimbourg. Mon compagnon et moi avions pris la délicieuse habitude de faire la tournée des pubs à la nuit tombée. Un chaque soir pour goûter les différentes variétés de whisky qui font le charme de ce pays. Ma préférence allait jusqu’ici à la variante la plus tourbée, la plus rustique. Le dixième soir, donc, nous entrâmes dans l’un de ces lieux à l’ambiance aussi alcoolisée que festive, et je m’enfonçai machinalement dans l’un de ces fauteuils de cuir molletonnés que l’on rencontre fréquemment en Grande-Bretagne. Mais au premier contact avec l’accoudoir, un phénomène étrange se produisit. Je caressai de ma main le cuir travaillé par le temps et me retrouvai sans le vouloir dans le salon de mes grands-parents, celui où ma sœur et moi passions des soirées à regarder des films pendant les vacances. Le plaisir de ces rares moments de détente, défendus en période scolaire, coulait dans mes veines au contact de cette texture qui me faisait voyager dans le temps. Je revivais cette complicité, cette union si précieuse qui soudait la famille. L’espace d’un instant, je me remémorai ces discussions animées autour des scénarios et des personnages, cette même passion que nous partagions pour des sujets au fond futiles. Souvent, il s’agissait de séries policières sur lesquelles ma sœur allait se pencher plus sérieusement des années plus tard. Il est possible que la graine dont avait éclos sa thèse ait été semée à cette époque. Lorsque le serveur me tira enfin de ma torpeur, j’eus le sentiment de m’être évadée une éternité.
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