Pour ce nouvel atelier d’écriture « Réminiscences », Valentine Pardo @Laphilosopheuse sur Instagram, a proposé de réinventer, réexplorer, donner une voix à nos souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux.
Premier temps d’écriture, raconter un souvenir sensoriel, une « madeleine » à l’instar de Proust.
À suivre le récit d’Olivier.
Un déjeuner très banal
Je ne l’avais pas revu depuis très longtemps, cet ami de mes années d’études. Je n’ai pas l’esprit ancien combattant et je n’avais pas forcément envie de le rencontrer à nouveau. A l’époque où nous nous fréquentions tous les jours, nous étions déjà très différents. Avec les années, ces différences étaient devenues des gouffres. Nos philosophies et nos styles de vie n’avaient plus rien de commun. Nous étions opposés du tout au tout. Mais nous n’avions jamais vraiment perdu le contact en raison d’un passé où nous avions traversé ensemble des phases difficiles.
Il m’avait téléphoné pour me proposer de déjeuner ensemble. J’avais dit oui, comme ça, sans plus d’enthousiasme. Nous nous sommes donc retrouvés dans le quartier de République. Les retrouvailles furent naturelles comme si nous nous étions quittés la veille. Nous avons choisi un restaurant de chaîne, entrée de gamme, qui ne coûterait pas trop cher.
Au départ, je ne savais trop ce que je faisais là. Avec ce copain si différent de moi. Nous avons commencé par échanger des banalités sur nos vies actuelles, nos compagnes et nos enfants. Et puis, le vin aidant, nous nous sommes mis à parler de connaissances perdues de vue depuis des lustres. Notamment d’une personne que lui avait revue récemment et que, moi, je n’avais aucune envie de revoir…
Mais cette évocation avait brisé la glace. Et à mon grand étonnement, la complicité entre nous est revenue. Sans que cela fasse ancien combattant… Est alors remonté dans ma mémoire un passé que j’avais enfoui car il ne me rappelait pas que de bons souvenirs. Nos études dans des facs et des écoles différentes. Nos vies dans des chambres de bonne sinistres. Nos repas aux restos U ou dans nos réduits, à coup de boîtes de maquereaux et d’appréciables bouteilles de côtes-du-rhône. Les fêtes chez des amis communs. Les longues marches et les déconnades dans Paris.
Au cours de ce repas, je me voyais dans ce Paris des années 1980, très solitaire mais finalement soutenu par quelques amitiés très fortes. Lui et moi, nous nous reverrons sans doute de temps à autre. Mais l’important n’est pas là. Ce déjeuner, somme toute très banal, m’a réconcilié avec un certain passé. Et ça, c’est essentiel.
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