« Photo souvenir »

Pour ce nouvel atelier d’écriture « Réminiscences », Valentine Pardo @Laphilosopheuse sur Instagram, a proposé de réinventer, réexplorer, donner une voix à nos souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux.

Deuxième temps d’écriture : le personnage retrouve une photo où il apparaît enfant, mais il ne se souvient ni du lieu, ni de la personne, ni de l’animal ou de l’objet. Quelque chose cloche… Le personnage doute. 

À suivre le récit de Carmen.

Photo souvenir

Il fait presque nuit quand tu décides de faire une petite pause. La journée a été éprouvante avec toutes ces émotions qu’il a fallu gérer. Vider cet appartement t’a littéralement épuisé.

Va dans la cuisine, il doit bien rester une bouteille de vin oubliée. Bingo, un vieux Bordeaux n’attend plus que toi. Un verre ne va pas te faire de mal et installe-toi dans le Voltaire pour le déguster tranquillement. Tiens, qu’y a-t-il dessous ? Un album photo. Au vu de la poussière qui le recouvre, il doit sûrement traîner là depuis longtemps. Pas le genre de ta mère, de laisser ses affaires comme ça. On dirait qu’il a été mis là, à la hâte. Curieux, tu ne trouves pas? Puisqu’il est dans tes mains, profites-en pour regarder ces vieux clichés qui racontent toujours une histoire de famille.

Tiens, sur celle-ci tu poses avec ta sœur et ton petit frère est dans son landau. Des photos comme ça, il y en a des dizaines, toutes plus émouvantes les unes que les autres. Seule, une photo ne te dit rien, elle vient de tomber de l’album comme si elle n’en faisait pas partie. Voilà qui est bien étrange.

C’est bien toi dessus, habillée d’une robe à carreaux bleus et blanc, des socquettes blanches à volants de dentelle, des salomés marines. Tu es bien coiffée, avec deux nattes bien tressées et au bout un nœud rose. En revanche, l’homme, à qui tu donnes sagement la main, ne t’évoque rien. Grand, mince, visage émacié, costume sombre bon marché, des cheveux nominés, une fine moustache et des lunettes en écailles. Tu dois avoir trois ans tout au plus et lui entre 45 et 50 ans. Mais pourquoi tu es seule avec cet homme? Il sourit mais pas toi, tu me sembles intimidée. Retourne le cliché pour en savoir plus. Une date 1968, un prénom Gérard. Aucun Gérard dans ta famille, ni même parmi tes amis proches. Alors, serait-ce un voisin? Non, impossible, jamais on ne t’aurait fait poser avec un quasi inconnu.

Et surtout, qui a pris cette photo. Ta mère, ton père? Comment le savoir maintenant qu’ils ne sont plus là. Cette image semble surgir de nul part comme tombé dans ta mémoire endormie, un souvenir qui n’aurait jamais dû refaire surface. Arrête de boire, ce n’est pas en vidant la bouteille que tu vas éclaircir ce mystère. Aujourd’hui, tu fais face à un morceau de ton passé que l’on a cherché à enfouir, à te cacher. Mais tu vas devoir rester avec tes doutes et tes interrogations car que cela te plaise ou non, il est probable que jamais tu ne saches qui est ce Gérard.

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