« En noir et blanc »

Pour ce nouvel atelier d’écriture « Réminiscences », Valentine Pardo @Laphilosopheuse sur Instagram, a proposé de réinventer, réexplorer, donner une voix à nos souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux.

Deuxième temps d’écriture : le personnage retrouve une photo où il apparaît enfant, mais il ne se souvient ni du lieu, ni de la personne, ni de l’animal ou de l’objet. Quelque chose cloche… Le personnage doute. 

À suivre le récit de Francine.

En noir et blanc

Dans la boîte de chocolats de Noël rapportée de chez ma grand-mère, les photos de famille se disputent avec les mèches de nos cheveux d’enfant. Je m’installe sur mon canapé et prends un à un ses souvenirs en noir et blanc. Certains de ses clichés m’arrachent quelques larmes en revoyant des personnes aimées qui ont disparu de ma vie, et ces images me rappellent combien elles me manquent aujourd’hui. 

Je m’arrête sur l’une d’entre elles. Moi, pas plus haute que trois pommes, en petite robe à fleurs et tablier à carreaux, cheveux courts. Je suis au milieu des herbes qui me dépassent presque. J’ai un grand sourire et je tiens quelque chose entre mes mains. J’approche la photo, et oui, c’est bien un poussin tout jaune que mes mimines retiennent captif. J’ai beau réfléchir, je n’arrive pas à reconnaître le lieu. Il y a bien un grillage sur le côté, et il me semble qu’il y a des poules dans l’enclos. D’où, le poussin dans mes mains. Une allée se dessine à l’arrière, entourée d’herbes folles. Petit à petit, des bribes d’images me reviennent. Le piaillement du poussin, sa chaleur dans le creux de mes mains qui le serrent de plus en plus fort pour qu’il ne s’échappe pas. Et puis, le silence et l’oisillon qui ne se débat plus. Ma grand-mère Germaine arrive en courant, prend le cadavre, me serre dans ses bras pour me consoler, et sèche mes larmes avec son grand tablier bleu. Elle pose le malheureux poussinet sur un caillou. Dans un coin du jardin, elle creuse un trou où elle dépose le corps inerte, le recouvre de terre. 

Une impression morbide m’envahit, d’un geste sec je déchire le carré noir et blanc et je le jette à la poubelle. Une photo d’une enfant heureuse avec un poussin aurait dû me donner une image d’un bonheur nostalgique, mais finalement, elle a ravivé un souvenir enfoui dans mon esprit.

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