Pour ce nouvel atelier d’écriture « Réminiscences », Valentine Pardo @Laphilosopheuse sur Instagram, a proposé de réinventer, réexplorer, donner une voix à nos souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux.
Deuxième temps d’écriture : le personnage retrouve une photo où il apparaît enfant, mais il ne se souvient ni du lieu, ni de la personne, ni de l’animal ou de l’objet. Quelque chose cloche… Le personnage doute.
À suivre le récit de Jean-François.
Une révélation
Après les funérailles d’Angèle, le défilé des condoléances et le moment partagé avec les plus proches et les plus anciens amis et alliés où Vincent et Luc ont respecté leur devoir de mondanité et participé aux excès de boissons du moment, ils se retrouvent maintenant en tête-à-tête devant une armoire dans la chambre de leur mère Angèle. Les portes sont largement ouvertes et les voilà à trier des vêtements : ceux qu’ils donneront à qui veut et ceux qu’ils jetteront ou brûleront.
Ils sont concentrés, échangent de temps en temps quelques mots sur un vêtement, un souvenir lié à une robe, une appréciation sur un corsage. Ce moment de partage leur appartient. Et puis dans une pile de serviettes, Vincent découvre un album photo, le sort de l’étagère et le regarde. L’émotion est à son comble. Il caresse l’objet à la couverture en cuir défraîchi, regarde son frère Luc qui lui parle. Vincent n’a pas entendu.
− Ouvre-le, répète Luc, moi non plus je ne l’ai jamais vu.
Vincent ouvre et, dès la première page, il reste sans voix. Luc l’observe. Vincent ne bouge pas, le regard fixé sur la première photo de cet album. Luc lui touche l’épaule, une fois puis devant la prostration de son frère aîné, le touche une deuxième fois. Vincent se retourne, regarde Luc, ses yeux brillent, humides :
− C’est une photo d’homme, peut-être mon père, je n’sais pas. Elle est récente. Pendant toutes ces années, je ne savais pas que maman avait encore des contacts avec lui.
Luc perçoit la voix tremblante de Vincent.
− Comme tu sais, maman a eu deux vies et nous sommes le fruit de chacune d’elles. Moi j’ai perdu mon père, mais le tien est encore sur cette terre, tu devrais essayer d’établir un contact.
Vincent, le regard dans le vide, acquiesce doucement. Il a envie d’exprimer quelque chose, mais c’est difficile. Puis, soudain, les mots jaillissent, un flot.
− Maman m’a toujours dit que mon père était un coureur et un menteur. Elle m’a dit que c’était la mère de mon père qui ne voulait pas d’elle. Je ne savais pas qu’elle avait encore des contacts avec lui pourtant cette photo est récente. Tu sais Luc, c’est difficile de vivre avec cela. Quand il nous manque une racine on est déséquilibré, on manque de repères. J’ai appelé chez mon père il y a quelques années. Une femme m’a répondu. C’était sa femme. Elle m’a parlé sèchement, elle a été exécrable, m’a injurié, a traité maman de tous les noms et de traînée. J’étais assommé, aucun mot ne sortait et cette femme continuait son débit d’insultes. J’ai raccroché, n’ai pas écouté la suite. J’ai pleuré un long moment. Je n’ai pas voulu en parler à maman, mais…
Luc le coupa net.
− Que veux-tu faire de cette photo ?
− Je vais fouiller dans cette armoire, je découvrirai peut-être autre chose. Pour l’instant, je garde cette photo.
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