« Panorama » suivi de « Croisière «  et « Incident »

Pour ce nouvel atelier Découverte, Valentine Pardo, @Laphilosopheuse sur Instagram, a choisi d’inviter à l’écriture sur la fenêtre, un objet omniprésent dans la littérature et le cinéma.

L’atelier a été ponctué de plusieurs temps d’écriture. Un personnage regarde par la fenêtre, puis un personnage imagine la vie d’un voisin (il est observateur et inventeur). Enfin, un temps long d’écriture a permis d’imaginer trois vies observées à trois fenêtres différentes. Un bruit les traverse et les relie.

À suivre les récits de Nicole.

Panorama  

Quelle joie d’avoir un balcon au cinquième étage en banlieue parisienne (avec un ascenseur !). L’hiver, surtout, les grands arbres qui entourent mon immeuble sont nus. Par temps sec, je vois la Tour Eiffel, la Tour Montparnasse et j’aperçois, tout au fond, la Basilique de Montmartre. La fermeture de mes volets le soir, quand tout est illuminé : c’est un de mes petits bonheurs de l’hiver. Toute l’année, sur un autre côté du balcon, je profite aussi du « Paquebot » : un immense bateau de croisière ancré là !

Croisière 

Le « Paquebot », ce n’est un bateau qu’après le coucher du soleil : ses fenêtres s’allument une à une, petit à petit. Il y a celles qui clignotent, bien alignées sur les mêmes verticales : sans doute celles d’escaliers intérieurs. Les passagers regagnent leurs cabines : changement de vêtements pour le dîner et la soirée. La grande salle à manger doit être au dernier étage, à l’arrière  du bateau. Une longue barre lumineuse s’y allume très tôt le matin et ne s’éteint que très tard dans la nuit. Il y a de nombreuses allées et venues derrière ces grandes baies vitrées. Elles s’ouvrent parfois pour laisser passer les fins nuages de fumeurs, ridicules, comparés à l’énorme panache blanc qui sort de la cheminée ! À l’opposé, une large fenêtre reste éclairée en permanence la nuit, parfois même le jour quand le temps est sombre : ce doit être le poste de pilotage du capitaine… 

Incident

Un son de corne de brume en mer, c’est normal : c’est signe, entre autres, de brouillard, mais dans une cité de banlieue : c’est bizarre… surtout quand ça résonne tout autour de l’immense immeuble surnommé « Le Paquebot » ! 

« Et voilà, c’est reparti de plus belle ! Je pensais passer la soirée, tranquille dans ma loge de gardien et je vais avoir droit aux séries d’appels téléphoniques et aux locataires qui sonnent à ma porte !

Le premier qui va se manifester, c’est l’hyper-maniaque du sixième. Il voit tout, il entend tout, du fond des parkings au sommet des terrasses. Vieux garçon, inspecteur à la retraite, il a réussi à se faire nommer « Représentant des locataires ». Faute de famille, il furète partout de jour comme de nuit !De plus, il se fera un plaisir d’envoyer un rapport détaillé au bailleur avec photos à l’appui s’il y a lieu ! 

Deuxième manifestation : la famille folklorique du huitième ! Ils vont comme d’habitude, se ruer à moitié à poil  sur leur balcon pour haranguer toute la cité  en hurlant : « C’est quoi ce bazar ? » Comme d’habitude, les enfants vont se chamailler pour mieux voir entre les barreaux dudit balcon. Ils auront droit chacun à une taloche du père et à « Ça a réveillé mes gosses !» hurlé par la mère !

La troisième intervention sera l’arrivée à ma porte de la délégation de « L’Amicale des locataires » avec les éternelles questions : « C’est quoi ça ? Faites quelque chose ! C’est vous le gardien ! » (comme si je ne le savais pas !) »

Et c’est comme ça, qu’à minuit, un commando grossissant de locataires se répand dans toute la résidence pour découvrir, finalement, une corne de brume, inerte, abandonnée par quelques garnements… qui ont largement eu le temps de déguerpir ! « Le Paquebot » peut alors reprendre tranquillement sa croisière silencieuse !

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