C’est en plein cœur de Bagneux, au Boudoir Masséna, qu’Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a proposé un atelier d’écriture hors les murs : « Que d’émotions dans le boudoir ».
Après la visite guidée, Annie a invité les écrivants à écrire un récit fictionnel autour d’une émotion forte, avec contraintes (temps, lieu, deux personnages dont Eugénie).
Pour aborder « Le Désir », Carmen a choisi d’imaginer une correspondance entre les deux amants.
🔹Lettre d’Eugénie à André
Mon âme,
Dieu, que ton absence me pèse. Dans ce boudoir, je m’ennuie tellement, les heures sont des semaines.
Tout en moi est en manque de toi. Ton odeur de cheval mouillé, ta voix de stentor, ta peau tantôt douce, souvent rugueuse, tes mains qui n’en finissent pas de m’explorer. Dis, quand reviendras-tu de cette campagne interminable ? J’ai le corps qui brûle de désir et il n’y a que toi pour éteindre ce feu, cette ardeur dans le creux de mes reins qui me consume nuit après nuit passée sans toi à mes côtés.
Parfois, j’entends un bruit qui m’arrache à mes sombres pensées, je tressaille, je me précipite, mais quand la porte s’ouvre, ce n’est rien qu’un de mes domestiques qui m’annonce une visite. Qu’ils aillent donc au diable, tous autant qu’ils sont. C’est toi et uniquement toi que je veux voir passer le seuil de ma chambre. Je veux vivre nos heures enflammées et faire de nos nuits, des nuits ensoleillées.
Malgré mes sentiments à ton égard, je ne suis pas dupe. Je sais que tu ne dors pas seul durant nos trop longues séparations, ta virilité ne saurait se contenter de souvenirs. Remercie le ciel que je sois impuissante, car je me vois bien arracher les yeux de la catin qui ose te salir de son regard concupiscent. Et quant à toi, je te ferai plus bête que homme et tes soldats te surnommeront l’émasculé.
Pardon, pardon mon amour, mon bel amant. Je m’égare, ton absence me tourne les sangs, ma bile est noire. J’ai tant de désir dans le corps qu’il transpire par tous les pores de ma peau. Si je ne puis jouir de toi sous peu, je vais mourir. La mort est plus douce que ton absence. Reviens-moi vite, je crains qu’à ton retour, tu n’ailles pleurer sur ma tombe.
À toi pour l’éternité,
Eugénie
🔹Lettre d’André à Eugénie
Ma douce, mon aimée,
Mon ange que j’aime à mourir,
Dans ce chaos qu’est le champ de bataille, toutes mes pensées sont tournées vers toi.
Je ne rêve que d’une chose, ouvrir la porte de ton boudoir, m’emplir de son calme et aller t’honorer dans cette chambre, théâtre de nos amours. Les draps seront froissés, la sueur imprégnera la soie, tes cheveux seront défaits. Et, je serai un cheval fourbu mais heureux d’avoir tout affronté pour te retrouver.
Puis, je te dirai toutes ces promesses que tu aimes entendre, Je ferai de toi une reine, une impératrice adulée de tout Paris. Même l’empereur éprouvera de la jalousie devant ta beauté mais je lui tiendrai tête.Tu es à moi, rien qu’à moi.
Mais, je ne suis qu’un homme avec des besoins d’homme. Tout comme il me faut me nourrir, dormir, il me faut assouvir ces pulsions qui sont dans ma nature. Ne me blâme pas, c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Alors, oui, je soulage ma virilité avec des femmes qui jamais ne seront à ta hauteur mais que puis je faire d’autre ? Pardonne-moi ! Sache que dans l’apothéose de mes ébats, c’est ton nom que je crie dans le silence de la nuit.
Et si demain je meurs en combattant pour la grandeur de la France, c’est en vérité pour toi que je mourrai. Dépose alors une modeste fleur des champs sur cette terre sacrée qui sera pour toujours mon tombeau.
André qui t’aime
===
Illustration :
Portrait du maréchal Masséna (par Flavie Renault d’après le baron Gros, 1834). Photo : rmn.fr
Laisser un commentaire