L’Orgueil

C’est en plein cœur de Bagneux, au Boudoir Masséna, qu’Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a proposé un atelier d’écriture hors les murs : « Que d’émotions dans le boudoir ».

Pour Nicole, «il a suffi de deux portes pour passer de la Place de la République que je connais par cœur à une oasis campagnarde avec poules et moutons…

Il a suffi d’un escalier de meunier pour que je découvre un boudoir finement décoré et restauré de l’époque de Napoléon, le Premier…

Il a suffi d’un exposé sur ce lieu si paradoxal pour que je m’inquiète de l’avancée du Grand Paris vers Bagneux…

Grand merci à tous ceux qui ont œuvré pour le préserver et le restaurer ! »

Après la visite guidée, Annie a invité les écrivants à écrire un récit fictionnel autour d’une émotion forte, avec contraintes (temps, lieu, deux personnages dont Eugénie).

Après la visite guidée, Annie a invité les écrivants à écrire une fiction autour d’une émotion forte, avec contraintes (temps, lieu, deux personnages dont Eugénie) et à partir de faits réels.

Pour aborder « L’Orgueil », Nicole a choisi d’imaginer un récit mettant en scène Eugénie et sa servante.

C’est folie, Eugénie !

– Madame, vous n’y pensez pas ! Vous, si légère, si fragile quand vous dansiez à l’Opéra : suivre Monsieur à la guerre, vous n’y pensez pas ! C’est folie !

– Vous oubliez, Pierrette, que devenir l’une des meilleures danseuses à l’Opéra n’est pas chose facile ! Cela m’a demandé volonté, efforts, douleurs physiques et morales : j’ai tout surmonté !

– Si fait, Madame, mais vous retrouviez calme et force ici, à Bagneux, avec Monsieur pour vous aimer, Joseph et moi pour vous servir. Mais suivre Monsieur en campagne et à cheval : c’est folie !

– Vous oubliez, Pierrette, que, depuis mon âge de huit ans, tout le monde a reconnu mes talents d’écuyère !

– C’est vrai, Madame, mais vous devrez rester en costume militaire et en costume d’homme qui plus est !… et vous serez armée ! Quel pari insensé vous a poussée à un tel engagement ?

– Mon seul pari est de rester auprès de celui que mon cœur a choisi, quoi qu’il m’en coûte. Mon ami est âgé : je ne veux pas perdre mon temps à l’attendre. À la guerre, je serai avec lui de jour comme de nuit. Ce n’est pas folie, c’est : « À la vie, à la mort ! »

– Fichtre ! Quelle devise !… Une jeune et belle dame comme vous sur les champs de bataille : c’est la révolution dans l’armée !

– Il y a eu des précédents, Pierrette : pensez à Jeanne d’Arc !

– Pensez à nous aussi, Madame ! Joseph et moi, en vous servant, nous avons apprécié votre personne mais pour nous, c’est folie de partir ainsi ! Nous ne vous suivrons pas. Nous n’avons pas votre courage et nous sommes attachés à nos familles, à nos traditions et à notre village de Bagneux. 

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    Illustration : La bataille de Maida (4.7.1806), par Philippe-Jacques de Loutherbourg.

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