C’est en plein cœur de Bagneux, au Boudoir Masséna, qu’Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a proposé un atelier d’écriture hors les murs : « Que d’émotions dans le boudoir ».
Après la visite guidée, Annie a invité les écrivants à écrire une fiction autour d’une émotion forte, avec contraintes (temps, lieu, deux personnages dont Eugénie) et à partir de faits réels.
Pour aborder « L’Avarice», François a choisi d’imaginer un récit mettant en scène Eugénie et son amie.
La porte s’ouvre sur une jeune femme blonde avec une longue robe indigo. Elle ne porte pas de bijoux.
– Merci Thérèse, c’est si gentil à toi de venir me rendre visite.
– Je passais par là et comme j’étais sous tes fenêtres, je me suis dit que tu étais là à regarder à travers.
– En effet, je fais mes tapisseries, comme Pénélope.
– Montre voir ? C’est magnifique…
Eugénie lui répond par un sourire contraint.
– Vu le nombre que j’en fais, je pourrais ouvrir un commerce.
– À dire vrai, j’ai quelques fauteuils qui gagneraient à être tapissés par toi.
– C’est que je n’ai pas le temps, je suis sans cesse interrompue et puis je dois recevoir du monde. Tiens, hier, je recevais la Princesse Rospignoli. Elle a laissé son mari à Rome et cela me permet de savoir ce qu’il s’y passe. L’abolition du ghetto juif a mis toute la bonne société romaine en émoi et notamment le Prince qui fait partie de la noblesse noire. Ces papistes ne supportent pas qu’on touche à leurs habitudes… Ne me regarde pas avec ces yeux, Thérèse !
– Eugénie, tu ne devrais pas te moquer du Saint-Père. Je te rappelle que ta maison jouxte une église.
– Si la sainteté pouvait se communiquer par les murs, j’aurais fait un bon achat.
– Qui sait ? Ce n’est pas le hasard qui t’a amenée à acheter cette maison.
– Ce n’est pas le hasard, tu peux le dire ! dit Eugénie en rajustant son châle pour avoir plus chaud.
– C’est le choix d’André pour commencer et ce n’est pas ma sanctification qui lui importait.
– Plutôt l’envie de t’avoir à ses côtés !
– S’il voulait qu’on se voit plus souvent, il aurait pu me donner un hôtel particulier, rue de Vaugirard, il y en a plein que la guillotine a vidé de ses occupants !
– Oui, mais je te rappelle que ta situation n’est pas régulière, tu es sa maîtresse, un peu de discrétion s’impose, et Bagneux… à 15 kilomètres de Paris fait bien l’affaire !
– Quand je n’ai pas la chance de croiser des personnes comme toi sous mes fenêtres, tout ce que je vois, ce sont des troupeaux de moutons qu’on amène aux abattoirs de la Villette. Non ! Je veux être à Paris, il s’y trouve des personnes plus intéressantes. Celles qui font le déplacement à Bagneux sont en manque de notoriété, je le sens bien. Je n’ai pas quitté ce trou perdu de Saint-Amand-les-Eaux pour monter à Paris, épouser un des hommes les plus riches de l’Empire et me retrouver dans un presbytère qui sent encore la cire et l’encens…
– Tu oublies tes prédécesseurs immédiats et leur vie dissolue.
– Je rêve encore la nuit de ces courses à cheval, de ces paysages espagnols… mais André ne veut pas. Un appartement à Paris lui coûte trop cher ! Il me l’a dit par lettre.
– Mais il t’aime.
– Il m’aime, il m’aime, tu peux en voir le prix, écoute :
« Ma chère Eugénie,
Malgré ton aspiration à vivre sur un train de vie plus en rapport avec ma situation, ta condition ne me permet pas d’accéder à toutes tes demandes, surtout lorsqu’elles sont farfelues et sans objet précis. Comme me disait mon père : « Un sou est un sou » (…) »
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