À quoi sert vraiment l’espoir ? Est-il seulement une illusion douce qui nous aide à supporter les difficultés, ou joue-t-il un rôle plus profond et actif dans notre manière de vivre ? L’espoir est-il indispensable pour avancer, ou peut-il parfois devenir une source de souffrance quand il ne se réalise pas ? Bref, peut-on vivre sans espoir ?
Après un temps de débat philosophique, Valentine Pardo @laphilosopheuse invite notre groupe d’écrivants à l’écriture.
À suivre les récits imaginés par Francine autour de l’espoir.
L’enfant
Le cortège arrive au cimetière. Sous le soleil brûlant du mois d’août, chacun est dans son deuil. Qu’il soit bruyant ou intérieur, il est important à chacun individu présent. Derrière mes lunettes de soleil, mes yeux rougis par les larmes de ces derniers jours, me brûlent. J’ai l’impression que je ne peux plus rien ressentir, rien que mon chagrin.
Aujourd’hui, je suis orpheline, maman, ma maman chérie, ne sera plus jamais là, pour me consoler de mes peines, me donner la force pour gagner les petites victoires de la vie, me prodiguer les conseils nécessaires et surtout pour me donner tout son amour. Le cri d’un enfant me tire de ma torpeur. Machinalement, je me retourne vers les voix d’un groupe de personnes devant une tombe. L’enfant tient une rose blanche dans sa petite main, la pose délicatement sur le marbre gris. Son visage se tourne vers une femme. Il lui sourit et lui demande « Dis, maman, elle nous regarde du ciel, Maminette ? ». Sa mère lui rend son sourire et lui répond : « Oui, mon chéri. Et elle est contente, elle aimait beaucoup les roses blanches. » Je me surprends à sourire. Je pense « Oui, maman me regarde du ciel, elle aussi. »
L’amie bretonne
Dans sa valise rose, elle a jeté quelques vêtements. Tout le long du trajet, sous une pluie fine, qui la mène à la gare, elle compte : quatre slips, quatre sous-tifs, le dernier jean propre, quatre tee-shirts, le gilet bleu marine, sa brosse à dents et le tube de dentifrice à moitié utilisé, la brosse à cheveux, le pot de crème antirides, le pyjama à fleurs. Soudain, dans son énumération, elle se souvient. Dans l’urgence, elle a oublié les chaussettes. Arrivée à la gare, elle prend un billet pour Brest, à une borne automatique. Dans l’attente du départ de son train, trois heures quand même, elle aurait dû vérifier sur internet avant de se précipiter comme une folle sur son bagage. Mais, ce coup de fil inattendu de son amie d’enfance, qui lui demandait de venir au plus vite et sans vraiment d’explication, l’avait alarmé. Finalement, elle ne savait pas ce qui l’attendait là-bas. Cela faisait un petit moment qu’elle devait prendre de ses nouvelles de sa bretonne préférée, mais le temps lui avait manqué et un peu de négligence aussi.
Dans quelques heures, elles tomberaient dans les bras l’une de l’autre, elles se raconteraient, entre larmes et rires, les mésaventures et les bonheurs de leurs vies. Depuis cet appel téléphonique surprenant, depuis cette injonction de venir rapidement de son amie, depuis cette promesse d’une grande surprise, depuis cette attente sur le quai au milieu de la foule, son esprit bouillonne et les questions se bousculent. Et elle n’a pas fini de s’interroger avec les trois heures et demi de voyage, il faut qu’elle trouve un magazine, elle a oublié son livre aussi.
Rien n’arrive à réellement retenir son attention, que des frivolités dans ce journal féminin. Qu’allait-elle découvrir en arrivant sur place, qu’allait lui dire Béatrice. Une surprise, c’est bien ou mal ? A mi-chemin, la somnolence la gagne et le temps de quelques minutes ses pensées se calment. Le haut-parleur annonce l’arrivée à la gare de Brest. Bientôt, elle saurait.
A la descente du wagon, elle aperçoit son amie qui l’accueille toute souriante. Ce qui la rassure, il ne doit y avoir rien de grave. Après une chaleureuse embrassade et un échange de banalités, elles se dirigent vers son véhicule garé dans la rue. Ses affaires jetées dans le coffre, elles s’installent sur les sièges. Une question lui brûle les lèvres depuis leurs retrouvailles, et elle ne résiste pas plus longtemps. « Tu peux me dire ce qu’il se passe, pourquoi je devais venir en urgence ? ». Le visage de la conductrice s’éclaire d’un immense sourire. « Ne sois pas si impatiente ! » C’est la seule réponse qu’elle aura, et malgré son insistance, rien ne lui sera révélé durant le parcours jusqu’à la maison en banlieue.
En prenant l’allée, devant la bâtisse en granite, une foule de personnes qu’elle reconnaît petit à petit, l’attendent avec des bravos et des cris. Ils sont tous là, sur la pelouse, tous ses copains de fac qu’elle n’avait pas vus depuis plusieurs années. Depuis son départ pour la capitale, elle était la seule à être partie de sa ville natale et à avoir coupé les ponts. La surprise est grande et totale, un vrai bonheur de se revoir. La soirée promet d’être longue, pleine de souvenirs et de rires.
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