Nouveau défi pour les écrivants d’À Mots croisés… Transformer une expérience sonore en matière littéraire !
Placé sous la direction d’Alejandro Sandler et German Tort, l’Orchestre Académique de Lutetia www.orchestredelutetia.com a proposé, à la Maison de la Musique et de la Danse de Bagneux, un voyage musical aux couleurs de l’Europe du Nord et de l’Est. Au programme de la soirée : Bartók, Cardinaux, Grieg, Holst, Naprávník, Sibelius.
À l’issue du concert, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les écrivants à l’écriture. Le récit devait être sonore, faire entendre des sons, des voix, la nature en Europe du Nord ou de l’Est, rappeler un fragment de vie là-bas, l’écriture pouvant être rythmée comme une partition avec des silences, des refrains, des mouvements lents…
À suivre le récit de Philippe.
Solveig
Solveig n’avait pas disparu.
Elle s’était retirée là où naissent les sons, au Nord du souffle, au Septentrion de l’écoute.
Elle était la voix d’avant les mots, celle qui ne se projette pas mais se reçoit. La Diva n’était qu’un masque.
Solveig était la source.
Dans sa loge, le miroir avait compris avant eux.
Le rouge n’était pas un adieu mais une clé.
Vents.
Car c’est le vent qui chante le premier, et l’homme ne fait que l’imiter.
Quand l’orchestre perdit Solveig, il perdit son âme. Il perdit le centre de gravité du silence. Leurs instruments existaient encore, mais ils ne savaient plus pourquoi.
Chaque musicien portait une facette d’elle. Le violon la cherchait dans la plainte, la contrebasse dans la terre, les percussions dans le battement du monde. Mais Solveig n’était nulle part divisible.
Elle s’était laissée prendre par les Trolls non comme une captive, mais comme une offrande.Les Trolls étaient les forces telluriques brutes : les rythmes énormes, la virtuosité vide, le son sans écoute. Ils l’avaient liée pour la posséder, ignorant qu’on ne possède pas une source.
Ses cheveux devinrent harpe parce que toute voix vraie est d’abord corde tendue. Son corps disparut dans l’instrument, car la musique ne tolère que l’absolu.
Sa complainte n’était pas tristesse mais mémoire.
Elle chantait pour rappeler que l’amour est la seule tonalité durable.
Lorsque l’orchestre joua, ce ne fut pas pour la sauver.
Ce fut pour s’accorder.
La sarabande brisa le sort parce qu’elle n’était plus démonstration mais abandon.
Alors Solveig put revenir. Non comme Diva, mais comme respiration partagée.
Depuis, on dit qu’elle chante encore. Parfois sur scène, parfois dans le silence entre deux notes.
Et lorsque l’orchestre écoute vraiment, elle est là.
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