« Silence et musique »

Nouveau défi pour les écrivants d’À Mots croisés… Transformer une expérience sonore en matière littéraire !

Placé sous la direction d’Alejandro Sandler et German Tort, l’Orchestre Académique de Lutetia www.orchestredelutetia.com a proposé, à la Maison de la Musique et de la Danse de Bagneux, un voyage musical aux couleurs de l’Europe du Nord et de l’Est. Au programme de la soirée : Bartók, Cardinaux, Grieg, Holst, Naprávník, Sibelius. 

À l’issue du concert, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les écrivants à l’écriture. Le récit devait être sonore, faire entendre des sons, des voix, la nature en Europe du Nord ou de l’Est, rappeler un fragment de vie là-bas, l’écriture pouvant être rythmée comme une partition avec des silences, des refrains, des mouvements lents…

À suivre le récit de Carmen.

Silence et musique

C’est sous un tonnerre d’applaudissements que le chef salue un public enthousiaste. Puis, comme il se doit, remercie chaleureusement ses musiciens et range sa baguette. Les notes se sont tues, et tu restes dans un silence assourdissant, un peu comme si tu avais été arrachée à un monde merveilleux. Celui des récits de ton grand-père, quand il te berçait de chants slaves, de folklore hongrois. 

Tu te sens projeté dans la brutale réalité de la vie à l’instant même où la musique s’est arrêtée. La salle de concert se vide peu à peu et toi aussi tu te sens vide. Serais-tu le seul à te sentir dépouillé, orphelin? Tu ressens encore la mélodie des cordes, la douceur des vents, la tempête des cuivres.

Autour de toi, la joie se lit sur des visages réjouis. Tandis que tu essuies quelques larmes échappées, tu peux entendre des mélomanes commenter la technique musicale, la version jouée, l’acoustique des lieux. Toi, tu voudrais leur parler, de voyage temporel, de temps suspendu, de bonheur infini, de magie.

La musique ne se résume pas à une suite de phrases écrite sur papier. Non pour toi, c’est une connexion avec le compositeur. Quand tu écoutes son œuvre, tu le vois, tu le sens, tu le ressens. Alors dès que tout s’arrête, le lien se rompt et tu restes entre souvenir et frustration. Dernier dehors, les portes se referment juste derrière toi. 

Le froid est vif, janvier tient ses promesses. Chacun presse le pas sauf toi car l’hiver est dans ton ADN. Mais que savent-t-ils de la douceur des étés dans ces pays de l’est, rudes, sauvages, mais aux notes si douces parfois.

Rien. Mais toi, tu connais la chaleur des violons qui te font penser à un bel été, aux champs de blé prêts pour la moisson, des cors de chasse annonçant un orage au loin, de la flûte traversière évoquant la chaleur écrasante. 

Tu as bien le temps de rentrer, la nuit est propice à la réflexion, à la sérénité. Ce soir, tu as vécu un extraordinaire voyage au pays de tes ancêtres. Lazlo, Arpad, Istvan, Janka, Ilona, où êtes-vous ? Bartok leur a redonné vie dans ton cœur. Et même si les trottoirs sont désormais déserts, avec la musique et son souvenir, tu ne te sens seul.

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