« Un jour, je serai… »

Pour la Journée internationale des Droits des Femmes, célébrée le 8 mars (voir post précédent), À Mots croisés a choisi de partir à la rencontre d’un homme, d’un  homme d’état : Léon Blum. Il fut le premier à nommer des femmes ministres, à une époque où elles n’avaient ni le droit de voter, ni celui de se présenter à des élections : Suzanne Lacore à la protection de l’enfance et de la santé publique ; Irène Joliot-Curie à la Recherche ; Cécile Brunschvicg à l’Education. C’était en 1936, à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire. 

À suivre, le récit imaginé par Francine, lors de l’atelier « Voix de femmes » proposé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, à l’issue de la visite guidée de la Maison de Léon Blum à Jouy-en-Josas. Le temps long d’écriture était centré sur les femmes dans les années Blum. 

https://www.maisonleonblum.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cécile_Brunschvicg

https://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_Lacore

https://fr.wikipedia.org/wiki/Irène_Joliot-Curie

Un jour, je serai…

Je prends place sur une chaise en bois, dans la petite salle de l’arrière-boutique d’une rue du Vieux Nice. Nous sommes discrets, nous sommes en 1944 et notre réunion est clandestine. Dans quelques jours, je vais passer mon Bac sous un faux nom et j’espère pouvoir rentrer à la fac de droit. J’ai hâte d’entendre celle qui a participé au gouvernement de Monsieur Léon Blum, président de la République française avant que la guerre n’éclate. Il avait nommé en 1936, trois femmes, trois grandes dames, sous-secrétaire d’état, alors qu’elles n’avaient pas le droit de voter. En homme intelligent, il avait profité d’un vide juridique. En effet, il n’était écrit nulle part dans la constitution qu’une femme ne pouvait pas être dans un gouvernement. Elles avaient eu, toutes trois, de grandes responsabilités dans leurs fonctions, bien plus que certains hommes, et pourtant elles n’avaient pas le droit de participer aux choix des personnes devant administrer et conduire vers l’avenir notre pays.

Madame Cécile Brunschvicg, sous le nom de Madame Léger afin de pouvoir enseigner dans un pensionnat de jeunes filles à Valence pendant l’occupation, entre dans la pièce sous nos applaudissements. Mais des sifflets se font entendre aussi, certains personnages sont venus pour faire du chahut, pour l’empêcher de parler, des misogynes sûrement. Des costauds en habit de travailleurs les font sortir et restent dans l’encadrement de la porte, prêts à réagir au moindre danger. 

Enfin, elle parle. Elle nous raconte les défis qu’elle a dû affronter pour faire valoir les droits des travailleuses et travailleurs dans les usines, les combats qu’elle a engagés pour une égalité entre homme et femme, et surtout pour le droit de vote des femmes. Elle nous rappelle ses actions sociales au sein du gouvernement tel que l’établissement des cantines scolaires, que la promotion de l’éducation des filles, que la surveillance de la délinquance des enfants et que leur orientation professionnelle.

Son discours dynamique, sa voix déterminée et son charisme me font rêver. Je me vois déjà dans ma robe noire faisant de grands gestes, je m’entends défendre une jeune fille injustement accusée, je sens dans ma main l’enveloppe de mon premier vote, je m’imagine assise autour de la table des ministres avec le président de la République à débattre sur les inégalités et je me projette dans un grand discours pour défendre une loi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

J’ai bientôt 17 ans, je passe mon bac dans quelques jours et j’ai beaucoup d’espoir pour mon avenir. Je m’appelle Simone Jacob et je serai connu sous le nom de mon mari, Simone Veil.

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Photo © AFP

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