Pour la Journée internationale des Droits des Femmes, célébrée le 8 mars (voir post précédent), À Mots croisés a choisi de partir à la rencontre d’un homme, d’un homme d’état : Léon Blum. Il fut le premier à nommer des femmes ministres, à une époque où elles n’avaient ni le droit de voter, ni celui de se présenter à des élections : Suzanne Lacore à la protection de l’enfance et de la santé publique ; Irène Joliot-Curie à la Recherche ; Cécile Brunschvicg à l’Education. C’était en 1936, à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire.
À suivre, le récit imaginé par Sandra, lors de l’atelier « Voix de femmes » proposé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, à l’issue de la visite guidée de la Maison de Léon Blum à Jouy-en-Josas. Le temps long d’écriture était centré sur les femmes dans les années Blum.
https://www.maisonleonblum.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cécile_Brunschvicg
https://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_Lacore
https://fr.wikipedia.org/wiki/Irène_Joliot-Curie
Confessions intimes
Cher Monsieur Hermant,
Je fus enchanté de notre rencontre d’hier en ce début de saison théâtrale.
Vous écrire, me tient à cœur de la même manière dont vous œuvrez pour votre nouveau joyau. Hélas, peu de gens comprendront votre soif de rigueur pour le maintien des bonnes mœurs pour préserver le mariage. Je me permets vous livrer mon dernier sentiment sur la manière dont vous avez façonné votre travail avec élan. Je me dois de vous avouer de quelle façon, oh combien cachée, ma très chère mère, Suzanne, m’a plongé vers la voie des abîmes de mon enfance.
Alors que ma très chère mère entama son union comme un présent d’usage, elle fut très vite accablée par l’idée que Jean, son mari, ne l’aimait pas. Elle se rendit compte prestement que cette alliance était uniquement par convenance, et qu’elle considérait cet homme comme un illustre inconnu à ses yeux.
Au fil des années qui s’écoulaient, cet homme, qui était mon père, voyageait à travers les contrées lointaines et revenait de temps en temps, avec des habitudes bien ancrées. Le soir même où il arrivait, il repartait d’aussitôt pour faire le tour de la commune afin de saluer gentes demoiselles de la commune. Il agissait en toute impunité.
Au-delà d’un acte de présence éphémère, il exigeait de ma mère un travail acharné de nettoyage et de maintien du foyer pour conserver ses accoutumances comme pour donner l’image d’un foyer durable.Ma naissance n’y changea rien, quel constat effrayant ! Ma très chère mère attendit mon âge de raison pour se livrer:
« Mon très cher fils, je songe à aller travailler… Ce mariage est un préjudice pour une union amoureuse véritable…
Un jour, en allant au marché j’ai rencontré une femme qui m’a redonné de l’espoir et proposé un engagement vers le parti travailliste du Front Populaire. Elle m’a assurée qu’en adhérant au parti, je deviendrais une femme libre. J’avais le droit à la parole, quelle chose inouïe ! Je pourrais me libérer de ce cocon infernal dans lequel je vis. J’y ai réfléchi pendant des semaines….Travailler et subvenir à mes besoins, sans la tutelle de ce mari étranger et volage, quel soulagement!
Je ne connais pas ton père, cela fait des années que je pense mettre fin à ce mariage désertique. La semaine suivante, je suis allée à un rassemblement du parti officiellement prohibé pour les femmes, selon les dires de l’ecclésiaste de notre commune. En y retournant et en bravant tous ses interdits, j’y ai croisé Maurice, homme salutaire qui était le bras droit du parti. Il m’a énuméré les nombreuses tâches que je pourrai effectuer en tant qu’adhérente. Coller des affiches du parti, distribuer des tracts et la chance de participer aux réformes sociales du parti, notamment sur le droit au travail des femmes et leurs congés payés.
Maurice est un homme formidable… Avec lui la vie est autrement plus vivante. »
Monsieur Hermant, ses mots m’ont meurtri. J’ai ressenti un sentiment de dégoût, cette femme, ma propre mère, me faisait honte et me mettait dans un sentiment de colère.
Pourquoi quitter un foyer de devoir conjugal sous le signe de la durabilité ? Pour moi, sa soif de liberté reflétait sa forme d’instabilité. Mais quelle mouche l’avait piquée ?
Grâce à vous, Monsieur Hermant, vous avez redoré le blason de la condition de la femme. Quelle vision chaotique cette idée du divorce ! Quitter son mari quelle sombre infortune!
Après vous avoir fait mes aveux, je serai enchanté de vous rencontrer à nouveau pour vous accompagner et incarner votre personnage principal dont je partage les valeurs : famille et patrie, voici une vision des choses qui me semblent favorable. Pourquoi tant de mères de famille veulent retrouver leur soif de liberté, c’est une incompréhension outrageante.
Je suis, Monsieur, ouvert à toute discussion et reste votre très humble et obéissant serviteur pour vos justes valeurs.
Simon Lavalle
===
Photo © P. Boyer, Les Jacobines, pièce en quatre actes de M. Abel Hermant
Laisser un commentaire