À l’occasion de la 28e édition du « Printemps des Poètes » du 9 au 31 mars 2026 placé cette année sous le thème de la « Liberté. Force vive, déployée. », Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a choisi de lancer Charlotte, Isabelle, Marie-Claude et Philippe dans l’écriture des « Chemins de la liberté ».
Une carte routière à la main, chacun a imaginé un personnage en quête de liberté et le chemin à parcourir pour la trouver.
À suivre le récit de Philippe.
De l’Allemagne
Caporal Muller en poste affecté à l’Oflag* XIII-A
Ludwigbourg (Stuttgart) 14 février 1942
A l’appel du matin, il a été constaté l’absence du lieutenant de Puyfontaine. Une fouille immédiate du camp a été effectuée dans les baraquements, les prisonniers ont été consignés dans leurs baraquements. Feldgendarmerie et Kommandantur de Stuttgart alertés.
Vol d’un uniforme féminin d’auxiliaire de la Wehrmacht.
Vol documents d’identité au nom de Greta Braun.
Bernt Fritz employé des postes Stuttgart à son copain Hans
Stuttgart 14 février 1942 18 h
Dans le bus pour Stuttgart, il y avait une belle auxiliaire de la Wehrmacht installée au fond. Je la regardais discrètement, jolie fille, avec de belles jambes, le genre un peu timide. Je change de place ; échange de regards, de sourires, quand …Scheisse… le bus a freiné subitement. Une vieille assise à côté de la fille est tombée par terre, elle s’est précipitée pour lui porter secours, et elle ne l’a plus quittée jusqu’au terminus. Elles sont descendues et reparties ensemble. Décidément, mon vieux Hans, je n’ai pas de chance avec les femmes.
Lettre de Margaret Holde à sa fille Greta
14 Göringstraße, Stuttgart 15 février 1942
Mein liebe Greta,
Je t’envoie mes meilleurs souhaits de santé en ce mois de février glacial.Je suis encore tombée hier, ma vue baisse chaque jour davantage. Heureusement, une jeune et gentille auxiliaire qui s’appelait Greta m’a ramenée chez moi. Elle a dormi dans la chambre qu’occupait ton malheureux frère…
Déclaration de vol, Pforzheim
16 février 1942 – 11.30 h
Vol d’une Volkswagen immatriculée KA-RR-232 de couleur noire stationnée Simmeler Strasse
Avis de la police de Nöttingen
17 février 1942 – 10 h
Découverte à Nöttingen d’un véhicule Volkswagen volé à Pforzheim. Rechercher activement homme 30 ans environ vêtu manteau noir.
Avis transmis à la Kommandantur de Karlsruhe.
Poste de contrôle gare de Karlsruhe pour information autorités
18 février 1942 – 18 h
Lors du contrôle opéré à la descente du train à la Hauptbahnhof de Stuttgart, un individu qui tenait à la main un petit garçon a tenté de se soustraire à notre contrôle. Passant au travers de la foule, il a couru à travers les wagons et a traversé les voies. Nous l’avons poursuivi en faisant usage de nos armes mais au moment de l’arrêter une alerte aérienne a retenti. Profitant du désordre créé, il s’est fondu dans la foule qui courait aux abris.
Homme 30 ans vêtu d’une veste couleur vert foncé.
Interrogée, la mère du petit garçon qu’il tenait par les bras affirme ne pas connaître cet homme qui a pris subitement la main de son petit garçon.
Birgit Balbo employée au Friedrichsbad (thermes) de Baden-Baden
21 février 1942
Lettre à mon bel inconnu
Je t’ai trouvé un soir caché dans la buanderie des thermes. Tu étais prostré et frigorifié comme un pauvre animal aux abois. Tu m’as dit d’une voix éteinte, « Français-Français », je n’ai pas eu envie de te dénoncer en sachant combien je risquais la prison, voire pire…
… Je me souviens Maurice de ces merveilleux moments que nous avons passés ensemble, tes yeux bleus, la douceur de ta peau…
Quarante années ont passé, mais ton souvenir est toujours là….
Birgit
Bord du Rhin- Iffezheim
24 février 1942 après-midi
– Adolf ne t’éloigne pas de la rive, c’est dangereux !
– Oui, maman !
L’enfant de cinq ans joue avec son ballon proche de la rive. Le ballon roule, il court pour le rattraper, trébuche sur une racine et tombe dans le flot tumultueux.
Plus bas en aval du fleuve, un homme a vu la scène, il se jette dans l’eau et parvient au prix d’un violent effort à ramener sur la rive le petit garçon.
La mère a appelé au secours, des mariniers viennent en renfort, ils les couvrent de couvertures, et donnent à Maurice, une belle dose de Schnaps.
– Merci Monsieur pour votre bravoure, vous avez sauvé mon petit Adolf !
– Madame, la vie d’un enfant est si précieuse, je n’ai fait que mon devoir, répondit-il en allemand avec un fort accent.
Le groupe se regarda.
– Vous êtes ?
– Oui, Madame, un prisonnier de guerre français évadé. Remettez-moi aux autorités, si vous voulez, je suis épuisé. Je n’irai pas au-delà.
Le groupe de mariniers se concerte avec la femme. Ils l’emmènent avec eux et l’enferment dans la timonerie de la péniche Lily Marlène. Plus tard, la mère d’Adolf et un homme lui disent :
– Guerre Gross Malheur. Nous voulons le Reich vainqueur. Vous avez mon garçon sauvé. Alors mon oncle nach Strasbourg dans sa péniche vous conduira.
Train Sarrebruck-Paris Voiture de 1ère classe n° 5 Compartiment 13
26 février 1942
Je suis une banquette de train de qualité supérieure constituée d’une armature en bois de merisier et d’un tissu satiné rouge légèrement lustré avec le temps. Je souffre d’une légère déformation du côté gauche et je suis insuffisamment dorlotée.
Un homme, un vrai sauvage, m’a découpé le ventre, a bousculé mon ossature pour s’y glisser pendant la durée du voyage. J’ajoute qu’il était muni d’un tuyau en vilain caoutchouc dont il se servait, j’imagine, pour respirer. J’émets une vigoureuse protestation pour cet acte inqualifiable.
Paris- Gare de l’Est
27 février 1940
Journal Paris Soir – Édition du 28 février 1940
« On peut affirmer que la police française ne chôme pas en ces mois d’hiver.
Trois prisonniers évadés dissimulés dans un train en provenance d’Allemagne ont été arrêtés après une vive échauffourée. Conformément aux dispositions de la convention d’armistice, ils ont été remis aux autorités allemandes.
Selon nos dernières informations, un quatrième individu serait encore activement recherché par les forces de l’ordre. »
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*Oflag pour Offizierslager
Camp de prisonniers, établi en Allemagne ou dans les pays occupés pendant la deuxième guerre mondiale, dans lequel étaient internés les officiers des armées alliées.
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