À l’occasion de la 28e édition du « Printemps des Poètes » du 9 au 31 mars 2026 placé cette année sous le thème de la « Liberté. Force vive, déployée. », Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a choisi de lancer Charlotte, Isabelle, Marie-Claude et Philippe dans l’écriture des « Chemins de la liberté ».
Une carte routière à la main, chacun a imaginé un personnage en quête de liberté et le chemin à parcourir pour la trouver.
À suivre le récit d’Isabelle.
Au revoir les chênes
Je m’appelle Filuzhène, j’habite le grand chêne vert de Moigny-sur-École depuis ma naissance.
Aujourd’hui c’est le grand jour, j’ai 107 ans et je fête ma majorité youhou ! J’ai fait mon baluchon toute la semaine selon le rituel ancestral de mon peuple Aumnet. Toute la communauté a défilé, les voisins perchés sur leur vieille branche, entre nous ça leur va bien cette branche-la ; mes cousins, espiègles comme pas deux, ont élu domicile sur la cime. J’ai longuement profité de mon meilleur ami Nosi avant de le quitter. Je lui constitue sa petite réserve de glands, les meilleurs de l’arbre, je les connais bien. Il m’emmène régulièrement en balade de branche en branche sur notre fagacée. Sa queue en panache me chatouille parfois le dos et lorsqu’il saute pour arpenter la branche voisine, je cramponne son pelage!
Je suis triste de lui dire au revoir, je l’aime beaucoup Nosi. Mais bon, quand faut y aller, faut y aller… Je vous avoue que je suis bien contente de le quitter ce vieux chêne. Il m’enchaîne au fil du temps. C’est l’heure de faire mes adieux à ces jeunes et vieilles branches pour parcourir le terreau. Destination la Halle de Milly. J’ai prévu de faire un petit détour par le Cyclop*. Cette construction des années 80 est une pépite architecturale que j’ai hâte de découvrir et peut-être bien de m’offrir au passage, une nuit sur un de ses platanes alentours. Un câlin à papa, un câlin à maman, à mon petit frère Salernott. Il lui reste encore cinq années avant la quille. Non, parce qu’habiter un chêne c’est bien mais l’arbre ne doit pas cacher trop longtemps la forêt.
Allez zouh, après nos quelques larmes versées, c’est parti ! La cordée des Aumnet se met en marche. Elle forme l’échelle qui me permet de descendre de mon branchage. Ben oui, vous n’en savez rien vous les humains de ce que ça représente de descendre d’un tronc de 2 m 20 lorsque vous mesurez 2 cm. Au mieux ! De parents en amis, en voisins, tous font des pieds et des mains (elle est facile celle-ci) pour fabriquer la cordée. Mon carrosse m’attend en bas. C’est Plugette le scarabée. J’aurais dû partir après le breuvage du matin pour arriver au Cyclop avant la nuit mais voilà, je vous ai conté fleurette et je n’arpenterai pas plus loin que le grand charme près de la rivière « École » qui ruisselle à quelques chemins de terre d’ici. Oui je vous l’accorde, plutôt étonnant comme nom de rivière ! Et bien pour votre école s’apparente au verbe « écouler ». Vous comprenez mieux l’origine du nom maintenant ? Et Moigny-sur-École aussi ?
J’installe ma selle sur Plugette, en route vers ma première destination, le grand charme de l’École. Ce n’était pas l’étape initialement prévue mais j’étais bien contente de cet imprévu, vous raconter un petit bout de mon histoire m’a bien divertie. Et puis au fond, l’essentiel n’est-il pas de quitter le nid ?
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* Le Cyclop est une œuvre sculpturale monumentale de Jean Tinguely, dans les bois de Milly.
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