À l’occasion de la 28e édition du « Printemps des Poètes » du 9 au 31 mars 2026 placé cette année sous le thème de la « Liberté. Force vive, déployée. », Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a choisi de lancer Charlotte, Isabelle, Marie-Claude et Philippe dans l’écriture des « Chemins de la liberté ».
Une carte routière à la main, chacun a imaginé un personnage en quête de liberté et le chemin à parcourir pour la trouver.
À suivre le récit de Marie-Claude.
Je ne regrette rien
21 ans ! Majeure, enfin ! Comment faire pour échapper à ce qui me paralyse, pas le droit de penser même ! Ici, dans ma ville natale de Sablé-sur-Sarthe, j’ai du travail, il est vrai, mais rentrer à la maison familiale n’est plus possible… J’étouffe, aucun échange… ne pas parler à table. « C’est le seul moment où papa peut écouter les informations à la radio… » conseille, impose même maman. Le reste du temps, il est occupé à ses affaires.
NE PAS AVOIR D’AVIS CONTRAIRE SURTOUT ! SE TAIRE !
Et cette horrible sœur, qui, pour que soupçons de toutes sortes pèsent sur moi, savait dire, elle, à table : « Oui,… on sait bien que toi … » On sait bien que QUOI !!! RIEN !!! mais les interrogations étaient en marche…. Elle, qui, il y a quelques années, se mordait le bras et allait dire à maman, qui la croyait, que c’est moi qui l’avait mordue, maman me rendait la pareille…. jusqu’au jour où elle s’est rendue compte que ceci était faux.
INVIVABLE !
PARTIR !
OÙ ?
COMMENT FAIRE ?
Je parcourais les annonces dans le journal OUEST FRANCE et l’une m’intéressa… Pour un salaire très alléchant, il était proposé par un cabinet de psychologie-graphologie situé à La Baule, un poste de secrétaire si intéressée pour apprendre la graphologie… J’envoyais donc mon C.V.
Mon employeur d’alors me proposait bien de me muter au Mans, mais avec le même salaire, s’offrir un loyer ne me semblait pas possible. Il m’avait bien dit de faire attention, c’était trop beau pour être « clair » mais j’étais décidée à franchir le pas. La réponse étant positive et le poste immédiatement à pourvoir, je fis mes bagages emportant un maximum de mes affaires : ICI, C’EST FINI ! Quelle espérance de VIVRE, enfin !
Mon père m’accompagna à la gare de Sablé située juste en face de la maison, direction La Baule que j’allais découvrir – La Baule -les-Pins en Loire-Atlantique, où, après 3 heures en train, j’arrivais. Une femme nommée Martine vint me chercher et me conduisit dans un grand pavillon situé près d’un grand parc. Elle m’indiqua la pièce où je pouvais déposer mes affaires, pièce dans laquelle il y avait un matelas à même le sol… je ne m’en étonnais pas trop… c’était le lit qui m’était réservé…
Je ne devais faire connaissance de « mon employeur » que le lendemain.
Monsieur L. me rencontra après le petit-déjeuner et m’informa que ce poste occupé précédemment par Huguette, son épouse, était vacant puisque cette dernière l’avait quittée. Mise au travail immédiatement avec Martine pour découvrir ce qu’il y avait à faire et suivi un premier cours de graphologie, il me semblait bien que je commençais une nouvelle vie qui serait passionnante. J’allais découvrir les environs, admirer les belles villas et j’irai pendant mes heures de repos, respirer profondément en randonnant autour de la forêt d’Escoublac et et j’irai voir la mer… VOILÀ, LA VRAIE VIE…
Mais Huguette est revenue bien vite… si bien qu’après quinze jours de présence, je n’étais plus utile, non encore déclarée en tant que salariée, je dus refaire mes valises … et repartir à la case départ avec l’équivalent d’un demi salaire et mes illusions perdues… mais pas désespérée.
Que faire, où aller alors que j’avais démissionné ? M’inscrire au chômage ici, ah non ! Ce serait la honte ! Il fallait partir et grâce à une association que je fréquentais alors, l’association sténographique unitaire Prévost-Delaunay, friande de concours de vitesse – je prenais en sténographie des discours à la vitesse de 150 mots-minutes – j’eus la possibilité de choisir entre trois postes de travail en région parisienne. L’un dans une banque américaine : je déclinais car sortais de la banque, curieuse d’autre chose. Le second, prof de sténo-dactylo. Le troisième : Sténo de presse. Voilà qui me plaisait, dommage le poste n’était plus vacant …
Il me restait donc à essayer ce poste d’enseignante dans une école privée de Saint-Denis. En attendant d’y être reçue, il fallait se loger… un hôtel tout près de la gare Montparnasse. Une omelette, un sandwich, les économies du livret d’épargne seraient vite englouties…
Comment aller à Saint-Denis – comment prend-t-on le métro ? Se renseigner… stressant… y a-t-il des changements, je n’y voyais rien sur ces panneaux – ligne 13 – voilà ! Ça se bousculait, les gens marchaient vite – une fois arrivée à Saint-Denis, il me faudrait prendre un bus et trouver l’école située Place Paul Langevin, une petite expédition lorsque l’on n’a pas quitté sa petite ville de 10.000 habitants. C’était l’aventure pour moi !
Enfin le but était atteint, la directrice acceptait ma candidature, m’indiquait la possibilité de trouver un hôtel meublé tout près de l’école… LE FLAMAND ROSE, voilà ce que j’ai trouvé, un hôtel : pas d’eau chaude, les WC dans le couloir et le lit avec une paillasse malodorante, j’ai encore en mémoire l’odeur que j’avais l’impression d’emporter avec ou sur moi !
Le poste me plaisait bien, j’avais 90 élèves, répartis en trois classes, certains avaient pratiquement mon âge et ce garçon qui aurait voulu faire de la mécanique plutôt que de taper à la machine… Ses parents voulaient qu’il garde les mains propres et pas pleine de cambouis comme le papa… ils étaient attachants.
Le salaire ne me permettait pas de manger correctement la dernière semaine du mois, je me souviens de ce dernier jour du mois où n’ayant pas de quoi payer un café chez Ali, je lui ai proposé des timbres-poste, il ne m’a pas fait payer… je l’en remercie encore !
Mal logée, mal nourrie, l’image de ma personne qui se reflétait dans les vitrines lorsque, le dimanche, je marchais le long des rues de Saint-Denis était lamentable. Le teint gris, les cheveux mal coiffés et, mal vêtue, je pleurais seule sous la pluie… mais j’étais LIBRE.
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