« Le cadeau de Ouaf » 

​Après un temps de débat philosophique sur «Les conflits peuvent-ils avoir des vertus ? », Valentine Pardo @laphilosopheuse invite chaque écrivant à incarner un personnage tiré au sort et à imaginer un monologue intérieur face à une situation conflictuelle. Au décès de Fernande, qui va hériter de la maison de famille ? 

Réunis autour d’une table, chaque personnage échafaude des plans sur l’héritage. Quel est son désir immédiat ? Comment pense-t-il l’obtenir ? Que pense-t-il des envies, des comportements, des habitudes des autres personnages ?

À suivre le récit de Nathalie dont le personnage est Roger, le mari de Fernande, maintenant veuf. 

Le cadeau de Ouaf 

Mes larmes coulent lentement. Je me dirige vers ma chaise : elle me tend les bras. Les bras de Fernande que je ne verrai plus.

Cette maison a vu naître mes filles. Tiens, regarde, Fernande de là-haut tu peux tout voir. Nos filles – du moins tes filles – car tu sais que je n’en voulais pas. Moi, je rêvais de garçons. Moi, je les vois ces deux-là, pas une pour relever l’autre. 

Regarde Françoise, elle a ramené son Mamour comme elle dit. Un beatnik, je te dis. Je l’ai vu fumer la marijane. Au moins le père de mon petit-fils, Victor, il ne fumait pas. On pouvait trinquer ensemble alors que l’autre beatnik, il dit que l’alcool, ce n’est pas cool. 

Mes deux petits enfants au moins, ils me comprennent. Ils veulent que la maison me revienne. Mais j’ai un doute car j’ai vu Julie fouiller dans tes affaires et tout dans cette maison est à toi. Tu exagères de me laisser seul, face à ces vautours. Même le voisin est là. Ils n’ont trouvé rien de mieux que de le placer à ma droite à table. 

Le rendez-vous chez le notaire est cet après-midi. Regarde Fernande le Guillaume, il a ramené son mètre. Il a déjà mesuré la salle à manger et le salon. Je t’avais bien dit que ce marijane n’est pas clair. Fernande, tu me tourmentes. Tu aurais pu me léguer cette maison. Au lieu de cela, tout le monde a des doutes. Mais elle me revient tout de même. J’ai construit l’abri de jardin et qui s’est occupé de la toiture ? C’est moi ! Qui a changé les joints des robinets, c’est moi ! Tout, je te dis, tout ce qui a été bricolé, c’est moi !

Je suis en colère après toi. Toi seule, tu as décidé sur le testament. Tu ne me laisses pas le choix : tes os, je les donnerai à Ouaf  ! 

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