« La maison de la plage »

Après un temps de débat philosophique sur «Les conflits peuvent-ils avoir des vertus ? », Valentine Pardo @laphilosopheuse invite chaque écrivant à incarner un personnage tiré au sort et à imaginer un monologue intérieur face à une situation conflictuelle. Au décès de Fernande, qui va hériter de la maison de famille ? 

Réunis autour d’une table, chaque personnage échafaude des plans sur l’héritage. Quel est son désir immédiat ? Comment pense-t-il l’obtenir ? Que pense-t-il des envies, des comportements, des habitudes des autres personnages ?

À suivre le récit de Francine dont le personnage est Françoise, la fille de Fernande.

La maison de la plage

Dure journée aujourd’hui, Maman n’est plus. Dans la petite église Saint-Martin de Colombelles, la messe a réuni la famille, les amis et les voisins autour de papa. Le curé a été bien dans son oraison dans l’ensemble, peut-être un peu long à mon goût. Mais quelle idée de parler du chien, Ouaf ne l’aimait pas vraiment et elle non plus n’avait pas d’affection pour lui. Franchement, j’ai trouvé que c’était déplacé. Papa est resté digne, comme d’habitude, ou indifférent. C’est toujours difficile de le comprendre. Victor, mon cher fils m’a tenu la main toute la cérémonie, c’est un ange. Je sais qu’il a du chagrin, que ses larmes ont un sens. Lise, ma chère sœur, n’a pas versé une larme, sa fille Julie, elle, elle est blanche comme un linge, on voit que la perte de sa grand-mère lui donne de la tristesse.

Après le cimetière, nous avons donné un petit lunch pour remercier toutes ces personnes qui sont venues rendre un dernier hommage à Fernande, même si pour certains, c’était surtout une sortie et une occasion de voir un peu de monde dans leur solitude.

Une fois la dernière main serrée, nous nous sommes retrouvés en famille autour de la table pour le dîner. Au début du repas, les conversations se sont cantonnées aux souvenirs avec maman, des bêtises de chacun et de son caractère un peu rude. Je ne sais pas qui a mis sur le tapis la maison de la plage et le contenu inconnu du testament chez le notaire, mais ce n’est pas une bonne idée. Je crois que c’est Guillaume, il n’en manque pas une. Ah oui, il a posé la question qui fâche : « Que devient la maison de Fernande ? » Et bien sûr, qui va hériter de la bâtisse ? Avec tous les travaux qu’il y a à faire pour la rendre moderne et habitable, je n’ai pas un cadeau. Enfin, moi, elle ne m’intéresse pas, cette bicoque. Même si Guillaume fait déjà des plans pour sa rénovation, sans compter combien cela va coûter, bien sûr. Il n’a rien à dire, c’est moi qui prendrai la décision finale. Il faut aussi penser que Victor l’aime cette maison, c’est là, enfant, qu’il a appris à nager, à faire du vélo et passer ses vacances d’été avec sa cousine.

Depuis un bon moment, je me pose une question : « Que fait Mr Deschamps, le voisin des parents, à notre repas familial ?». Il se comporte comme s’il était l’un des nôtres. Participe à nos souvenirs avec ses « Fernande m’a raconté….., Fernande m’a montré vos photos…., je me souviens quand vous….., et cetera ». En plus, il paraît super intéressé par notre héritage. Il en pose des questions sur ce que l’on a l’intention de faire de cette baraque. Pourquoi ne pas lui vendre cette foutue maison, si elle lui plaît tant, enfin si je suis couchée sur le testament de maman. Et puis, ses petits-enfants y tiennent, ils ont de bons souvenirs, eux. Qu’est-ce qu’en pense Julie ? Est-ce qu’elle en veut ou pas ? Impossible de savoir ce qu’elle a dans la tête, toujours aussi fermée, la frangine. 

Demain à 11 heures, rendez-vous chez le notaire pour l’ouverture du testament. Je vais prendre un bon petit déjeuner, pour affronter les déceptions de chacun et les joutes verbales à venir. Courage, ma fille.

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