« Sous le sapin »

Premier récit de notre série « Quel cadeau ! » Il est signé Carole. Sacrée mise en bouche ! Bonne lecture !

« Sous le sapin »

Noël 2001. J’avais décidé de le passer chez mes parents, en France. Mon mari, trop occupé par ses activités professionnelles, ne pouvait venir avec nous. Il nous déposa, les enfants et moi, à l’aéroport de San Francisco. Après douze heures de vol, nous sommes arrivés fatigués, le 23 décembre à Roissy Charles De Gaulle. Mes parents nous attendaient. Après avoir récupéré nos bagages, « en voiture, Simone » … l’Espace prit l’A 10, en direction d’Orléans.

Papa et Maman étaient contents de nous voir, surtout les enfants. A 16 et 17 ans, Lucas et Alexia dépassaient largement le mètre quatre-vingt, ce qui impressionnait particulièrement Maman. Se sentant lilliputienne à côté de ces deux géants, elle les supplia de cesser de manger des burgers aux hormones et des frites. Cette boutade nous fit tous bien rire ! 

Nous sommes arrivés à la maison, dans l’après-midi. Après une bonne douche, Maman nous proposa un dîner léger. Les enfants se couchèrent de bonne heure. Moi, je restais avec mes parents. J’appréciais ce petit moment en tête à tête avec eux. Cela me permit non seulement de prendre des nouvelles de la famille, mais aussi d’évaluer leur moral. Mon père se montra inquiet pour mon frère Paul ; sa nouvelle petite amie était de vingt ans sa cadette. Papa avait de sérieux doutes sur la sincérité de leur relation. J’étais curieuse de la rencontrer. Lorsque mes paupières furent à bout, je regagnais mon lit pour une bonne nuit.

Nous nous sommes réveillés, le lendemain, sur les coups de treize heures. Maman nous proposa un petit lunch qui se terminait avec du riz au lait aux saveurs de mon enfance. Dans le salon, trônait un épicéa d’environ un mètre quatre-vingt, décoré de pommes de pins argentées, qui embaumait le salon d’une odeur agréable d’agrumes. Ses épines tombées sur le sol révulsaient le chat et l’empêchaient de venir jouer avec le papier de la crèche.

Ma sœur, Martine, arriva à la maison sur les coups de 19 h avec ses jumeaux, Dylan et Brian. Christophe nous rejoigna à l’église avec ses deux enfants et sa femme. Paul, l’aîné, qui venait de Paris, avait prévu de nous rejoindre à la maison, après la messe.

La cathédrale Sainte-Croix était remplie pour cette messe de Noël. La cérémonie fut longue ; elle s’acheva par

«Douuuce Nuit

Saiiinte Nuit…»       

J’étais au pays de mon enfance et tout me ravissait.

De retour à la maison, mon frère, Paul, arriva avec ses trois enfants et sa nouvelle compagne, Lisa. Il me la présenta, dès le pas de porte. Elle paraissait plus jeune que lui et, avec ses « Louboutins », beaucoup plus grande. C’était une jolie blonde, mince, à peine la trentaine. Elle portait une robe noire moulante qui corsetait sa poitrine. Son chignon haut lui donnait l’allure d’une étoile de l’Opéra. 

Lisa offrit une boîte de chocolats à ma mère. Après l’avoir remerciée, Maman posa la boîte au pied du sapin. « Nous les dégusterons au café » rassura-t-elle.

L’arrivée de cette jeune femme me fit quelque chose : au fond, je regrettais Josiane, mon ancienne belle-sœur. J’aimais son humour pince sans rire. De plus, nos enfants ayant le même âge, nous avions des sujets de conversation communs.

Lisa embrassa mes parents avec affection et lorsque Maman nous invita à table, elle s’installa tout naturellement à côté de Paul. Le repas fut copieux : crème de choux-fleurs en entrée, oie rôtie aux marrons, pommes de terre à l’ail et aux herbes ciselées. Maman le savait, nous étions tous de fins gourmets. Elle appréciait d’entendre le bruit de nos bouches et le cliquetis des couverts sur sa porcelaine. L’ambiance était joyeuse, nous étions heureux d’être en famille. Nos enfants discutaillaient et avaient l’air de bien s’entendre.

Maman proposa d’ouvrir les cadeaux avant de servir le dessert. Elle désigna Alexia, ma fille, pour faire la distribution. Camille, le fils aîné de Paul, entama « Jingle Bells… » au piano.

Lorsqu’ Alexia arriva au pied du sapin, elle prit la boîte de chocolats de Lisa, la retourna en s’exclamant. « Oh my God, my God !!!! It’s amazing !» Le piano s’arrêta net. Tous les visages se tournèrent vers elle.

« What happened ? » lui dis-je, surprise.

« Les chocolats !!!…»                   

« Quoi, les chocolats ? » demanda Papa.

« Ils sont périmés depuis janvier 2001 !! »

Un silence s’installa dans la pièce. Maman prit la parole. « Voyons Alexia ! Tu es sûre ! Regarde de nouveau, ma chérie !! » Pour moi, il n’y avait pas de doutes. Je connaissais ma fille, elle était parfaitement bilingue et pas du genre à faire des plaisanteries de mauvais goût. Elle insista. « Si si, Mamie….. la date de péremption indiquée est janvier 2001. Je t’assure !!» Les enfants poussèrent des cris de dégoût. Nous, les adultes, étions à la fois surpris et abasourdis. Ces chocolats étaient donc périmés depuis près d’un an ! Nous attendions une explication.

Paul se dirigea vers Alexia. Lisa se leva et le suivit. Ils avançaient tous les deux,  l’un dans les pas de l’autre. Paul vérifia la date par lui-même. Son buste se raidit. Cherchant ses mots, il prit une longue inspiration. « On ne peut plus faire confiance aux commerçants …  Nous irons faire une réclamation, dès demain !»

La réaction de ma sœur, Martine, ne se fit pas attendre. Elle était la plus spontanée de la famille. « Il faut exiger des excuses ! » s’exclama-t-elle, visiblement agacée. Paul ne répondit pas. D’où venait cette boîte périmée ? D’un magasin ? Du placard de Lisa ? Martine rompit de nouveau le silence.

« Tu as bien fait de vérifier, ma puce, autrement on aurait tous été malades ! »

Lisa restait, silencieuse et immobile, aux côtés de Paul. Son visage fermé trahissait son malaise. Elle me paraissait tout d’un coup très quelconque.

Ma mère prit la fameuse boîte des mains de Paul et partit à la cuisine.

Elle revint avec deux bûches artisanales, l’une aux fruits rouges et l’autre à la praline.

La distribution des cadeaux reprit dans une ambiance en apparence joviale. Chacun s’efforçait de faire plaisir à mes parents. Les enfants étaient heureux de  leurs cadeaux. Après tout, c’était Noël et … Noël en famille, c’est sacré !

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