Cette année encore, À Mots croisés s’est rendu au Plus Petit Cirque du Monde pour assister à la représentation de « À tout rompre » de la Compagnie WAS. Pourquoi ? Parce que c’est l’ADN de notre association de créer des passerelles entre l’écriture et d’autres domaines artistiques comme le cirque, le théâtre, etc.
Le spectacle a servi de mise en bouche à l’écriture sur la question de la rupture. Annie d’A Mots croisés a invité Carmen, Danielle, Francine et Jean-François – tous aussi enthousiasmés par le spectacle – à imaginer une histoire de rupture, à partir de plusieurs propositions d’écriture.
À suivre le récit de Francine ! Bonne lecture !
Aujourd’hui, je suis heureuse
Aujourd’hui, je suis heureuse, pleine d’espoirs et de projets. Aujourd’hui, je regarde les jours sombres, les semaines précaires et les années passées en enfer, avec un certain recul.
Ma naissance n’était pas voulue, pas désirée, plutôt refusée. Ma pauvre mère a été violée à l’âge de 15 ans par un prédateur. Son oncle. Elle avait une tendre affection pour lui et ses parents une entière confiance. Quand il avait proposé de l’emmener en vacances au Cercle polaire, tout le monde était content et ses parents ne s’étaient pas méfié. A son retour, Julia était renfermée, elle restait cloîtrée dans sa chambre, elle ne se rendait plus au collège et elle refusait de voir ses amis. Ses proches n’avaient pas compris. A Pâques, son ventre arrondi ne laissait plus de doute. Les examens médicaux avaient confirmé les soupçons de toute la famille, il fallait admettre l’impensable. Il y avait eu plainte déposée, procès et prison pour le coupable. Mais, ils n’avaient pas vraiment accepté les événements. C’était trop pour eux. Maman avait arrêté ses études pour travailler et subvenir à mes besoins. Malgré tous ses efforts, ses parents lui en voulaient et n’arrivaient pas à oublier la honte. Rien de ce qu’elle faisait n’avait grâce à leurs yeux. Un soir, avec encore plus de désespoir, elle s’était jeté du pont de la Garonne, me laissant seule avec mes grands-parents. Ils ne m’avaient jamais aimé. Moi, l’enfant d’un viol commis par le frère de Papi. J’avais grandi sans amour, avec sur mes épaules la culpabilité de tous leurs malheurs. A mes 18 ans, j’avais fui cet environnement nocif. Sans argent, sans amis, sans métier. J’avais zoné un certain temps dans le centre de Toulouse, j’avais dormi dans les rues sombres du quartier Saint-Cyprien, j’avais fait des petits boulots pour une misère, mais j’avais gardé la tête haute, je voulais m’en sortir.
En passant devant une boulangerie nouvellement ouverte, mon attention avait été retenu par la petite annonce pour un poste de vendeuse. Je ne savais pas que ma vie allait changer en entrant. Le jeune patron avait accepté que je fasse un essai. J’avais appris tous les noms des pains, des pâtisseries, des viennoiseries et autres spécialités vendus dans le magasin, bien décidée à garder cet emploi le plus longtemps possible.
Après trois ans, je suis toujours derrière le comptoir et la caisse de la petite boulangerie de quartier. Dans mon ventre pousse un petit être désiré, fruit de mon amour avec le petit boulanger. Mon mari passe près de moi, me fait un bisou dans le cou, caresse mon ventre et me sourit. Lui, le patron qui m’a fait confiance est maintenant le pilier de ma vie.
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