Tandem

Nouvel atelier hors les murs pour nos écrivants ! Cette fois, A Mots croisés a investi un lieu méconnu, l’écomusée de Fresnes que nous remercions vivement pour son accueil.

Autrefois bergerie de la ferme de Cottinville d’une superficie de 214 m², la grande salle de l’écomusée accueillait l’exposition : « Ça roule ! Petites histoires de vélo en banlieue sud » qui brossait l’histoire, les usages, la pratique du vélo et du rapport intime que nous entretenons avec cet objet synonyme de loisirs, de liberté, d’effort, d’émancipation et d’avenir.

Après la visite guidée de l’exposition, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer une fiction où le vélo est au centre du récit. Petites contraintes d’écriture : utiliser l’un des incipits distribués en début d’atelier et terminer le récit par une question.

Tandem

Par Francine Delagneau 

Ce matin-là, j’ai volé un vélo. Je dirai plutôt que j’ai emprunté le tandem de mon voisin, le père Georges, lui qui avait refusé de me le prêter pour aujourd’hui. Eh oui, c’est un jour spécial, c’est le jour où je vais dire « oui » à ma chère Paulette. C’est le jour le plus merveilleux de ce mois de juin. De toute l’équipe de copains, c’est moi, Francis, qu’elle a choisi. Je lui ai promis qu’elle n’oubliera jamais cette journée, que ce sera le jour le plus beau de sa vie. Je ne suis pas riche, mais j’espère avoir organisé un voyage de noces qui restera indélébile dans nos mémoires.

Après la formalité du consentement à la mairie, nous passons à l’église pour la cérémonie religieuse et l’échange des alliances. Elle avec sa petite robe blanche et moi avec mon costume neuf, nous sommes très beaux. La famille et les amis nous applaudissent sous le porche et nous font une haie d’honneur à la descente des marches. Je prends la main de ma femme et nous courons sur le côté de l’édifice, dans les buissons le tandem nous attend. Nous l’enfourchons et pédalons avec ardeur, sous les cris de nos invités et le rire du père Georges. Nous sortons du village sur notre destrier, sourires aux lèvres, le voile de dentelle flottant derrière nous. 

Sans mettre pied à terre, nous roulons par les petits chemins environnants sentant l’herbe, par les champs de blé encore vert, en suivant le cours de la rivière et ses oiseaux chanteurs, moi en danseuse pour que ma princesse ne se fatigue pas. Je suis son maillot rose. Notre échappée nous mène au charmant petit hôtel que j’ai choisi pour son coin isolé. Nous sommes fourbus, mais si heureux, riant de notre aventure. Nous déposons notre compagnon de voyage dans les fougères, montons quatre à quatre vers notre chambre et fermons la porte sur le monde. Il ne reste plus que nous deux.

Ne sommes-nous pas le plus beau des tandems ?

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