L’inspecteur tire sur le vélo

Nouvel atelier hors les murs pour nos écrivants ! Cette fois, A Mots croisés a investi un lieu méconnu, l’écomusée de Fresnes que nous remercions vivement pour son accueil.

Autrefois bergerie de la ferme de Cottinville d’une superficie de 214 m², la grande salle de l’écomusée accueillait l’exposition : « Ça roule ! Petites histoires de vélo en banlieue sud » qui brossait l’histoire, les usages, la pratique du vélo et du rapport intime que nous entretenons avec cet objet synonyme de loisirs, de liberté, d’effort, d’émancipation et d’avenir.

Après la visite guidée de l’exposition, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer une fiction où le vélo est au centre du récit. Petites contraintes d’écriture : utiliser l’un des incipits distribués en début d’atelier et terminer le récit par une question.

L’inspecteur tire sur le vélo

Par Charlotte Paufique 

Tout a commencé avec un regard que je n’aurais jamais dû croiser … celui de l’inspecteur Harry qui s’arrêta brusquement en voiture après m’avoir coupé la route. Il m’avait pris pour l’acteur qui jouait le rôle du voyou. Je tombai donc et ne me relevai pas. Le guidon de mon vélo s’était tordu, c’est-à-dire si la chute avait été violente. Heureusement, je n’avais rien de grave, juste des égratignures aux genoux. Mais lorsque je tentai de me relever, je croisai le regard perçant de l’inspecteur. Il ne s’excusa pas et sortit son magnum. 

« Je suis là pour éradiquer tous les voyous à vélo de San Francisco, fais-moi plaisir, reste à terre ! », me lança-t-il.

« Mais, mais », balbutiai-je, « je n’ai volé que le tiroir-caisse d’un drugstore, juste une petite centaine de dollars, et puis, je ne fais pas partie du casting, je suis juste de passage ! »

« Fais-moi plaisir, gise à terre un bon coup et lance-moi ta recette !  »me répondit l’inspecteur Harry.

Il pointa son magnum sur mon vélo et tira sur le pneu avant. La force du magnum fut telle que la roue fut pulvérisée et que je n’entendais plus rien de l’oreille droite.

« Cut, coupez », s’écria le réalisateur. « Le coup du tympan, c’est pas dans le scénario. Et il sort d’où celui-là ? Bon, t’as la tête de l’emploi alors on t’embauche. « Quand Clint tire, tu te bouches les oreilles, ok, yes ? »

Il me lança un regard torve que je n’aurais jamais dû croiser.

« Clint, ton magnum, tu ne le tires plus sur le vélo, c’est le vingtième que tu descends. Tu le tires en l’air ! » s’exclama le réalisateur. « Silence, on rejoue la scène, action ! »

Tout a commencé avec un regard que je n’aurais jamais dû croiser … celui de l’inspecteur Harry, je vous l’ai déjà dit. Mais, chers spectateurs, avez-vous bien en tête le regard pénétrant de Clint Eastwood ?

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