D’après « La Barque de Masao »

Pour ce nouvel atelier hors les murs, À Mots croisés a poussé la porte de la librairie Le Bazar utopique à Bagneux. Nous en avons profité pour échanger avec notre duo de libraires sur leurs choix de lectures et sur leurs « Coups de cœur ».

Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a ensuite invité le petit groupe d’écrivants à imaginer une histoire, à partir d’un ouvrage coup de cœur de nos libraires, en reprenant son l’incipit, son excipit ainsi que la première phrase de la page 111 https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_Page_111 

C’est le roman « La Barque de Masao » d’Antoine Choplin que Nathalie a retenu pour imaginer son propre récit.

Page 1

Voilà l’ouvrier Masao, dans l’ignorance de ce qui va lui tomber dessus.

Page 111

Jour de neige sur la grève

Excipit

Il est maintenant debout, dans sa barque, les pieds noyés dans l’eau accumulée et qu’il faudra bientôt songer à écoper de nouveau. Il a même tiré sur les pans de sa veste comme pour l’ajuster, et il lui fait face, debout. Un peu vacillant, et cela peut se comprendre, à considérer ce semblant de houle. Mais debout.

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Voilà l’ouvrier Masao, dans l’ignorance de ce qui va lui tomber dessus. Lui l’ouvrier taiseux et solidaire était loin de penser que sa fille Harumi, architecte à Tokyo, reviendrait sur l’île de Naoshima.

En ce jour de neige sur la grève, Masao comme chaque matin prend sa barque pour rejoindre l’autre rive. Aujourd’hui ce n’est pas pour passer du temps en solitaire mais pour accueillir Harumi qui de retour sur son île natale a dissimulé la véritable raison de son retour. Masao a beaucoup de mal à reconnaître sa fille. Elle, si frêle, les cheveux tombant sur les épaules, a pris énormément de poids avec sa coupe de cheveux à la garçonne. Tous les espoirs de réussite sociale reposent sur les épaules de Harumi. Cette réussite que Masao n’a pas pu s’offrir et qu’avec son caractère solitaire n’était pas envisageable.

Harumi l’enlace chaleureusement en prenant un grand bol d’air. Masao enfouit son nez sur le cou de sa fille. Il reconnaît l’odeur du jasmin.

Pendant cette étreinte, Harumi repense à son ascension sociale en qualité d’architecte à Tokyo. Tokyo ville qui bouge à mille à l’heure alors qu’à Naoshima, il n’existe que quelques échoppes, toutes tenues par des natifs de l’île.

Classée numéro une par son entreprise, Harumi ne peut pas et ne doit pas se permettre un échec dans la mission qui lui incombe. Elle se recentre sur le moment présent et regarde avec tendresse son père. Masao lui prend la main pour monter dans la barque afin de rejoindre la rive du village où Masao est le chef spirituel.

Dans le village, tout le monde accueille Harumi avec bienveillance.En réalité, Harumi n’est pas en vacances pour quinze jours et elle doit dire à son père sa véritable venue. Elle sait que le moment le plus propice est le jour où ils iront au temple ensemble en barque.

En ce lundi, Harumi assise sur l’unique banquette de la barque annonce la raison de son séjour. Ses dirigeants de Tokyo l’ont missionnée pour créer un complexe commercial sur l’île de Naoshima. Harumi attend avec une certaine angoisse la réaction de son père mais celui-ci est maintenant debout, dans sa barque, les pieds noyés dans l’eau accumulée et qu’il faudra bientôt songer à écoper de nouveau. Il a même tiré sur les pans de sa veste comme pour l’ajuster, et il lui fait face debout. Un peu vacillant et cela peut se comprendre à considérer ce semblant de houle. Mais debout.  

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