Un peu d’histoire. Depuis des centaines d’années, les esquimaux ont recherché des méthodes pour ne pas être éblouis. Ils ont ainsi créé des « lunettes » en bois ou parfois en cuir ou en os avec une fente. En regardant par ces fentes, ils n’étaient plus éblouis par les reflets de la lumière et de plus leur vision était plus précise, les yeux n’étant pas absorbés par la vision périphérique. Il est admis que Néron mettait une émeraude devant ses yeux pour mieux voir les combats de gladiateurs !
Les Chinois, il y a plus de 1000 ans, utilisaient des verres fins en quartz fumés. Ces verres bloquaient une partie des UV, ils avaient aussi l’avantage de dissimuler un peu les yeux. Aussi, les juges chinois utilisaient, paraît-il, ces verres en quartz, pour dissimuler leurs yeux lors d’interrogatoires.
En général on attribue l’invention des lunettes de soleil à un anglais : James Ayscough, en 1752. Cet opticien anglais découvrit, par hasard, la filtration des rayons ultraviolets pour la protection des yeux. Ce n’est qu’au 20ème siècle que les lunettes de soleil deviendront populaires notamment grâce à la découverte du filtre polarisant.
Aujourd’hui, il existe des lunettes de soleil (quelquefois munies de verres protecteurs), des lunettes fumées, des lunettes noires, des lunettes en plastique, en écaille, des lunettes pour enfants.
Maintenant, c’est à vous d’imaginer un récit où les lunettes seront au centre de l’histoire ! Elles pourraient devenir symbole de fuite et de distance : un objet de retrait, là où on s’attendrait à ce qu’elles améliorent la vision du monde. Où leur teinte ne masquerait pas seulement la lumière, mais la vraie présence des autres.
Extraits
…tailleur blanc, pansement mouillé, lunettes noires… après m’être aperçue … que mon enveloppe salaire était vide, mon portefeuille aussi.
La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil de Sébastien Japrisot
…pour dissimuler son identité, le meurtrier porte un long manteau, un chapeau haut-de-forme et des lunettes noires.
Les Yeux en bandoulière de John Dickson Carr
… L’un de mes frères est passé devant ma fenêtre, sans me voir. Une chemise bleue, des lunettes noires. Je n’ai jamais porté de lunettes noires…
Livre de chroniques III (section intitulée Sans lunettes noires) d’Antonio Lobo Antunes
Récit imaginé par Carmen :
On a quoi de prévu ce matin ?
Attends que je regarde. Ah, on n’ a pas encore la liste définitive mais j’ai l’impression qu’on a une vedette parmi les candidats car tout le monde en parle déjà.
Une vedette parmi les nouveaux ! Trop bien, car les dernières célébrités n’ont pas été au top. Recalés, a dit le boss et pourtant on a tout essayé.
Je sais bien. Que veux-tu, pas simple d’être parfait toute sa vie pour être éligible à une place au soleil.
Marre que l’autre en-dessous nous prenne tous ceux qui nous mettraient un peu de gaité.
Je suis bien d’accord avec toi, j’ai envie d’une ambiance, genre samedi soir à Pigalle.
Malheureusement, pas sûr que le conseil d’administration soit ok avec ça.
On verra bien, ça se bouscule au portillon. Ouvre les grilles et on va commencer la sélection des admis et de ceux qu’on recale.
Oh regarde celui-là avec son costume sombre et ses lunettes noires. C’est lui la vedette qu’on attend ?
Laisse-moi regarder. Mais oui, je le reconnais. J’ai son nom.
Sur le bout de l’aile. Julien, Marc… flûte, je me rappelle pas comment il s’appelle.
Il s’approche de nous. J’ai bien envie qu’il reste. J’adore son look type Men in black. Stylé le gars. Je sens qu’on ne va pas s’ennuyer.
Tu as raison. Quel que soit le résultat des tests, on le garde. On s’ennuie ici c’est trop lisse, trop calme, ça fait une éternité qu’on ne s’amuse plus.
Salut les zèbres, haut les mains, c’est une descente de police. J’ai un scoop à la une pour vous. Je viens pour un bain de minuit.
Entrez, cher ami, nous vous attendions avec impatience. Signez votre admission sur le registre. Ok, c’est parfait. tout est en règle pour nous. Bienvenue au paradis, Thierry Ardisson !
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Récit imaginé par Carole :
L’homme s’installait, tous les jours, à peu près à la même place sur la plage de Biarritz, sa serviette, en plein soleil, face à la mer. Il portait des lunettes noires opaques, qui masquaient son visage et lui donnaient un air mystérieux. Il bougeait peu, scrutait les jeunes filles et les femmes qui entraient et sortaient de l’eau, leurs formes, leur allure, leur déhanchement. Il ne parlait à personne, n’enlevait jamais ses lunettes.
Eglantine, une jeune femme de l’équipe des surveillants de la plage releva son attitude.
Je le trouve étrange ce mec, il n’enlève jamais ses lunettes… J’ai l’impression qu’il vient tous les jours et qu’il ne se baigne pas.
Intriguée par cet homme aux lunettes noires, Eglantine l’aborda :
Bonjour ! Vous ne vous baignez pas, Monsieur
L’homme répondit dans un français approximatif :
No ! …. je baigne pas, répondit -il avec un fort accent british. You speak English ? poursuivit-il.
Yes, répondirent Eglantine et Mathieu en cœur.
Ok ! I’m looking for a model for the new collection of Victoria’s Secret swimsuits.
Il retira ses lunettes en tendant sa carte de visite.
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Récit imaginé par Francine :
Étendue sur un transat et à l’abri d’un parasol, avec vue sur le Louvre, aujourd’hui je me suis installée à Paris Plage. Sur le quai en passant devant un street-foot, j’ai acheté une boisson fraîche et une barquette de Coxinha au poulet. Cette année célèbre France-Brésil, les couleurs et la musique donnent un air des Caraïbes dans le Paris historique.
Dans mon sac, ma crème solaire et un bon livre pour parer à toutes éventualités. Les yeux fermés, je profite de cette belle journée. Lentement une douce somnolence m’engourdit, les discussions des passants ne sont que murmures et les cris des enfants s’éloignent. Un ballon me ramène à la réalité, je le relance au jeune garçon avec un sourire. Je pose sur mon nez mes lunettes de soleil pour me protéger des rayons devenus agressifs. Ainsi, mon regard caché, je peux à loisir lorgner mes voisins et les passants, distraction que seuls les habitués des terrasses peuvent apprécier. Je peux profiter d’une batucada ambulante qui met une ambiance festive, je me lève et danse avec la foule.
Dans l’agitation, la main de mon voisin fait sauter mes lunettes qui tombent au sol. A quatre pattes, je les cherche et les récupère avant qu’un pied malencontreux ne les écrase. Catastrophe évitée, la journée se finit bien avec ce joli danseur.
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