Mariage

Pour le premier atelier Classique de la saison 2025 – 2026, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a proposé au groupe d’écrire autour du « Point de bascule », appelé aussi tournant narratif, twist, ou moment charnière. Il s’agit d’un événement ou d’une révélation qui modifie radicalement le cours de l’histoire ou la compréhension qu’en a le lecteur, un moment essentiel à la dynamique du récit. 

À suivre le récit imaginé par Francine.

Mariage

Depuis que Juliette a mis le pied à terre ce matin, après une longue nuit agitée, elle se sent comme prise dans un étau. Dans le miroir de sa salle de bain, le reflet de son visage pâle, de ses yeux cernés et de ses cheveux ébouriffés lui rappelle ses tourments nocturnes. Dans sa chambre de jeune fille, sur le cintre de la porte de l’armoire, trône la longue robe blanche qui la nargue. Un voile de mousseline de soie s’étale sur le fauteuil, les gants de coton sont posés sur la table de nuit et les escarpins de satin blanc sont rangés sous la robe. Elle se dirige vers la fenêtre ouverte sur un ciel bleu et un soleil éclatant de lumière. On dit d’un mariage pluvieux, mariage heureux. Elle, elle pense mariage avec un vieux, mariage scandaleux.

Sa mère entre discrètement dans la pièce, s’approche d’elle et lui pose une main protectrice sur l’épaule. Elle aussi a les traits tirés. Elle est venue pour aider sa fille à se préparer pour cette journée exceptionnelle. Pourtant, Juliette n’a pas encore vraiment pris sa décision, même si elle laisse les préparatifs suivre leur cours.

Elle sait très bien que cette union sauvera de la ruine et du déshonneur sa famille. Néanmoins, ne vaut-il pas mieux la misère et la déchéance, que de devoir accepter de vivre avec un vieillard que l’on méprise.

Bien sûr, si elle savait d’avance le nombre d’années, voire de mois qu’allait vivre son futur époux, cela l’aiderait à faire le bon choix. Seulement, pour l’instant, il est en forme, trop en forme pour son âge, et il pourrait faire centenaire. 

La robe en dentelle est magnifique et elle lui va parfaitement, sa mère lui tend les gants qu’elle enfile machinalement. Le regard fixé sur son image que lui rend la grande glace, elle ne veut plus penser à rien. Le voile lui cache les larmes qui coulent le long de ses joues.

Avec un grand cri de rage, elle sort de la chambre en courant, descend le grand escalier. Sa mère la suit avec les escarpins à la main en lui demandant de se calmer avec une petite voix. Devant la voiture richement décorée de fleurs fraîches par un fleuriste expert, elle chausse les délicats souliers, elle est calme à cet instant. Elle vient de prendre sa décision. Elle a choisi sa famille.

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