Samedi 18 octobre 2025, la Médiathèque Louis-Aragon a organisé un atelier d’écriture à l’occasion de la rentrée littéraire. Pour mémoire, cette année, 484 romans ont été publiés (source Livres Hebdo).
Après quelques jeux d’écriture, le groupe de dix écrivants et primo-écrivants – guidés par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés – ont imaginé des histoires inspirées par l’une ou l’autre des parutions de la rentrée littéraire francophone, « coup de cœur » des médiathécaires.
À suivre les récits imaginés par Francine et inspirés par « Les Certitudes » de Marie Semelin.
🔹Imaginer un récit à partir de la couverture et de quelques mots-clés
Repas du mardi soir
Dans son appartement cossu du 8ème arrondissement de Paris, Madame Simone, petit bout de femme portant bien ses soixante-quinze ans et ses longs cheveux blancs, prépare le repas de ce soir.
Comme tous les mardis, elle passe une partie de l’après-midi à cuisiner des plats de son enfance, les plats que sa grand-mère juive ayant toujours vécu au Maroc, lui confectionnait avec tout son amour. Bientôt, Anna, sa jeune colocataire depuis presque un an, va rentrer de ses cours de droit. Depuis que cette étudiante a posé ses valises dans la chambre bleue au fond du couloir, Rachel, prénom de Madame Simone, s’ennuie moins. Le rituel de dîner ensemble le mardi est l’idée d’Anna, de même de goûter des spécialités nord-africaine. Rachel se doute bien que c’est ce qu’a trouvé la jeune fille pour avoir un bon repas au moins une fois par semaine. Elle s’en moque bien, pour elle, c’est une soirée où elle sort de sa solitude, où elle raconte les souvenirs de son enfance entourée de sa famille aimante et où elle écoute Anna se confier sur ses histoires amoureuses. Très vite, l’étudiante a préféré l’entendre raconter sa jeunesse, ses études à Jérusalem et Tel-Aviv, son service militaire et de la peur au ventre lors des alertes au son des sirènes ou lors des patrouilles à Ramallah en Cisjordanie pendant les deux ans de son armée.
Maintenant, elle est seule dans ce grand appartement, ses enfants ont choisi de retourner en Israël. Elle a peu de nouvelles et les informations internationales ne la rassurent pas. Alors, elle gère ses incertitudes par les petits repas du mardi, elle parle et chante en hébreu ou en arabe et souvent quelques larmes coulent sur ses joues ridées.
🔹Imaginer un récit à partir de l’incipit.
Décembre 1967. Quand sommes-nous ? Nous sommes à l’hiver de Jérusalem. Le mauvais temps et l’intérieur de mon cœur la rendent sale et suintante. Boueuse et pleureuse. Tout goutte et glace. Les murs nous emprisonnent dans une humidité dont on ne peut fuir. Je dis « nous » mais maman est muette depuis vingt jours déjà. La maison, elle, est toujours pleine. J’entends les pas et l’écho des voix. Ils ne savent pas que je suis ici. Il y a désormais un rideau qui dissimule l’endroit où je reste allongée.
Le drap blanc et la couverture qui me couvrent, me protègent de l’humidité, mais trop hauts, ils m’empêchent de voir les visages des curieux qui passent leurs têtes derrière le rideau. J’entends les voix des visiteurs, j’en reconnais certaines, celle de l’oncle Daniel, rugueuse comme ses mains de cultivateur, ou celle de ma sœur Sarah, chantante et aiguë, ainsi que l’aboiement de mon cher Reed. La porte d’entrée grince à chaque entrée ou sortie de quelqu’un. L’odeur du café titille mes narines et me donne l’envie de boire un bon petit caoua. Personne ne pense à me nourrir ou me donner à boire, et je commence à avoir faim et soif. J’appelle, pourtant, mais personne ne semble percevoir le son de ma voix, je ne dois pas avoir assez de force. Je ressens mon corps raide et je n’arrive pas à bouger. Le chauffage doit être coupé, j’ai froid. Enfin, quelqu’un. Maman tire le rideau, elle est en pleurs. Elle m’embrasse d’un baiser sur mon front. Je ne sens pas ses lèvres chaudes. Ils sont tous autour de moi et prient. Je comprends enfin, je suis mort.
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