« El Tiempo »

Dernière contribution sur le thème du « Temps » avec le récit … sportif… de Laurent !

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El Tiempo

 

Le jour tant attendu était enfin arrivé ! La star de l’équipe de l’AS Ô Clock faisait son grand retour. Cette fois-ci, le coach avait choisi de le sélectionner. Il reconnaissait enfin le talent du mythique « El Tiempo ». Il était temps ! Suspendu la plupart des matchs, le joueur manquait de temps de jeu, et je n’en tenais plus de ce compte à rebours, de ces dernières minutes avant son arrivée sur le terrain. Il faisait parti de l’effectif qui allait se mesurer au Tic-Tac Olympique, le leader du championnat des Time Games. Quelle affiche !

 Ça y est ! Il fit son entrée et je pus enfin admirer le vainqueur du sablier d’argent 2021, arborant le maillot de mon équipe préférée, le jaune et le bleu, les couleurs du beau temps.

 Durant une demi-heure, il s’échauffa. Un contrat signé dans un temps record lui avait permis de rejoindre la formation des « timers ». Une feinte de corps, un jonglage… Le public, déjà debout, applaudissait, acclamait son idole. Quelle ambiance ! Une chose était certaine, les supporters attendaient depuis longtemps le retour de leur champion. Entre-temps, l’entraîneur avait répété ses dernières consignes (un « quatre-quatre-deux » pendulaire). Le match pouvait débuter !

 Dès les premières minutes, El Tiempo fit des appels à ses coéquipiers. Contrôler le ballon, imprimer du rythme et orienter le jeu, telles étaient les qualités du grand sportif, et très vite, les observateurs confirmèrent son potentiel exceptionnel. Il pouvait dorénavant, nous montrer toute l’étendue de son talent.

 Tout à coup, il leva le bras. Pas question d’avoir un temps de retard, il accéléra. Quelle séquence ! Un adversaire se présenta, et fut vite éliminé. Le maître à jouer effectua des détours fréquents. Au « un contre un », il gagna tous ses duels. Les joueurs du Tic-Tac Olympique s’inclinaient devant ses trajectoires spontanées. La plupart des ballons étaient confisqués. De toute évidence, l’athlète pouvait faire basculer le match en deux temps, trois mouvements. Ses gestes précis et ses déplacements réglés au centième, mettait à mal la défense adverse. Et, le public, se déchaînait et jubilait à chacune de ses prouesses ! En quelques minutes de jeu, il était capable de nous offrir toute sa palette : petit pont, passe enchaînée, jeu en triangle et transversal millimétré, grand pont, débordement, jeu en déviation… Avec El Tiempo sur le terrain, les supporters pouvaient rêver au titre. Jamais l’AS Ô Clock n’avait eu un tel joueur dans ses rangs !

 Mais, le temps fusait bien trop vite. Le coach réclama un temps mort. Incroyable ! Il remplaçait déjà le virtuose adulé. Le public, consterné, grondait : « El Tiempo sur le terrain !! El Tiempo sur le terrain !! El Tiempo sur le terrain !!… », criait-il en boucle. Il ne joua que dix minutes en seconde période, le temps de faire une passe décisive, mais pas suffisante pour faire basculer le match. 3 à 1 : le score fut sans appel et signa la défaite de mes favoris. Les supporters et moi-même étions furieux ! Devant les journalistes l’entraîneur justifia maladroitement son choix en expliquant que la star devait être préservée pour tenir la fin de saison.

 Quelques jours après, en lisant un article de l’Equipe, je découvrais la motivation cachée de cette stratégie incompréhensible. Le club, ambitieux, s’était offert à prix d’or les services du prodige, mais, les clauses du contrat étaient très claires. Convoité par le club rival, le Tic-Tac Olympique, les exigences du champion étaient élevées. Le « temps utile » apporté au club sur le terrain était comptabilisé de manière précise et, lorsque le champion avait atteint le seuil correspondant à sa rémunération, il avait rempli son contrat ! Un laps de temps supplémentaire (temps utile spontané / temps restant / rythme multidirectionnel) était alors possible avant une indemnisation complémentaire, que le club ne pouvait pas se permettre. Bref, au vu de ses performances exceptionnelles et quelques soient les circonstances du match. El Tiempo pouvait en un rien de temps, être remplacé !

 Malgré ma déception, je décidais de rester fidèle à mon équipe favorite. Je nourrissais tellement d’espoir. Le club avait fait un recrutement ambitieux. Avec El Tiempo, le titre était à la portée de l’AS Ô Clock. C’était la bonne année, j’en étais convaincu !

 Malheureusement, les apparitions du champion s’écourtaient au fil des matchs. El Tiempo continuait à améliorer ses statistiques, et le coach, ne pouvant compter sur des fonds suffisants, était contraint de le sortir de plus en plus tôt. Alors, malgré l’incompréhension de tous, l’entraîneur prit la décision de ne plus faire participer le sportif aux entraînements. Il fit aussi en sorte qu’il relâche son régime alimentaire et sorte parfois en boîte de nuit. Ce fut l’idée de génie ! Les performances d’El Tiempo n’étaient plus hors du commun, et progressivement, il put rester plus longtemps sur le terrain. Le phénomène, même diminué, avait toujours de l’influence sur le jeu. Je pus le vérifier au fil des matchs. Notre équipe se créait des occasions. Elle jouait juste et, sous l’impulsion du champion, le groupe devenait beaucoup plus offensif et parvenait à dominer l’équipe adverse de plus en plus souvent.

 La stratégie de l’entraîneur s’avéra payante et bientôt, les résultats furent au rendez-vous. Le club fit une remontée spectaculaire au classement. Le championnat fut relancé. Le Tic-Tac Olympique, qui faisait très largement la course en tête, subissait contre toute attente la pression d’une équipe retrouvée, faisant trembler les filets à chaque match. Il y a bien des années qu’on n’avait vu l’AS O Clock à pareille fête ! Quelle saison ! Quel suspense ! Le titre se joua au cours de la dernière rencontre. La différence de buts départagea les deux formations. Elle permit aux joueurs « azur et or » de rafler la première place. Depuis vingt ans, les supporters l’espéraient. Au coup de sifflet final, il y eut une énorme explosion de joie. Le stade était en effervescence. Moi, je participais à cette grande communion et célébrais mon champion. El Tiempo, loin d’être au maximum de son potentiel, perdit son sablier d’argent, mais quelle importance ! Un déclic s’était produit entre la star et ses partenaires. Ensemble, ils avaient pris la mesure du temps et compris que 90 minutes en équipe vaudraient toujours toujours plus que 15 minutes d’un virtuose. Plus fort au service du collectif : une belle leçon qu’El Tiempo saura, sans nul doute, mettre à profit pour prétendre au sablier d’or !

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Illustration : Keith Haring, « One Yellow Kicker »

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