« Chronique d’un quai de gare »

Voici le dernier récit, imaginé lors de l’atelier dédié aux femmes courageuses, aux héroïnes d’un jour ou de chaque jour. Il est signé par Francine. Bonne lecture !

Chronique d’un quai de gare

Nous sommes en avance et nous attendons l’arrivée du TGV. Je fais un pas rapide en avant, vers lui. Ma main agrippe la manche de son pardessus beige. Mes doigts sont si crispés sur la toile qu’un cri de douleur sort involontairement de ma bouche. Mon « non » résonne aux oreilles des personnes qui nous entourent. Je tire de toutes mes forces cet inconnu au milieu du quai. La violence de mon geste et sa surprise le font trébucher. Il perd l’équilibre, il tombe et dans sa chute il m’entraîne au sol avec lui. Nous sommes tous les deux étendus sur le bitume au milieu des jambes des voyageurs. Une voix féminine retentit dans les haut-parleurs au-dessus de la rumeur des voyageurs, annonçant l’arrivée en gare de notre rame. Et moi, allongée sur le dos, je ne vois que ce petit morceau de ciel bleu cerclé de leurs visages étonnés penchés sur nous. Mon suicidé, couché sur le côté, gémit de douleur et me braille dessus.

Sur le quai, nous patientons en attendant l’arrivée de notre TGV. Nous piétinons sur le quai de la gare Montparnasse. Notre train qui nous emmène pour un long week-end vers Bordeaux est en retard. Nous allons enfin retrouver mes grands-parents du côté de ma daronne et je suis content de les revoir. Maman a enfin décidé de décrocher de son travail, de prendre un peu de temps pour que nous faisions des choses ensemble : mère et fils. Soudain, dans un geste que je ne comprends pas tout de suite, elle fait un grand pas en avant et attrape par le bras notre voisin de devant. Elle pousse un hurlement comme une psychopathe, un cri qui nous écorche les oreilles. Ils perdent l’équilibre et s’étalent de tout leur long au mitan de la foule. Ma mother étendue sur le dos, le regard perdu vers le ciel. L’homme est couché sur le côté, la surprise sur son visage. Il râle et l’insulte. Maman a encore fait des siennes. Quel cassos !!

Je suis très triste de la mort de ma chère grand-mère. Ma « Mamilie». Mes larmes coulent toutes seules sur mon visage. Mon kleenex est gorgé de mes pleurs. C’est trop bête de ne pas pouvoir retenir mes sanglots. Je m’avance au bord du quai, je me penche pour regarder si la locomotive de mon train arrive. Tout d’un coup, je sens une main prendre la manche de mon imperméable et m’attirer en arrière avec force. Un grand cri me strie mes oreilles. Après deux ou trois pas désordonnés, je bascule et m’étale au sol, évitant les usagers autour de moi. Je me retrouve allongé au côté d’une femme sur le dos, le visage tourné vers le ciel. J’ai très mal à mon coude. Je suis en rage et je lui jette des injures à la figure. Qu’est-ce qu’il lui a pris à cette folle ?

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