A l’occasion de la 22e édition de la Nuit européenne des Musées, organisée en France par le ministère de la Culture, ce soir, samedi 23 mai 2026, À Mots croisés a lancé, sur ses réseaux, un petit défi d’écriture « Murmures au musée ». Quelques pistes d’inspiration : une nuit au musée, des statues qui prennent vie, une visite surprenante. Et si vous souhaitez participer, vous avez jusqu’à minuitpour nous envoyer votre récit (voir post précédent).
À suivre le récit imaginé par Annie. Bonne lecture !
La Salle des Murmures
Antoine, gardien de nuit au Louvre, aimait le silence du musée après la fermeture. Il aimait aussi le bruit de ses pas sur le parquet ciré. Il aimait le grincement familier de la troisième marche de l’escalier central. Il aimait l’odeur de peinture sèche qui flottait dans l’air.
Il était minuit passé quand il entendit du bruit. Pas vraiment des voix — plutôt des murmures, des chuchotements indistincts, des froissements. Cela venait de l’aile Denon, de la salle 701 ou 703. Des pigeons, peut-être. Ou la ventilation. Il poussa la porte de la galerie remplie de portraits de riches marchands de soie, de nobles, d’enfants au visage grave.
Quelque chose n’allait pas. Antoine mit plusieurs secondes à comprendre quoi. Tous les personnages avaient le visage tourné vers le même endroit : le coin gauche de la salle, là où était accrochée une toile d’un peintre inconnu, soi-disant un élève de Véronèse, représentant une paysanne en robe noire. Il connaissait ce tableau par cœur — une femme, âgée, debout dans un jardin, avec des pommes dans son tablier bleu. Mais ce soir, sa cueillette était éparse, les fruits tombés par terre. La main droite de la femme était levée, à hauteur de poitrine, paume ouverte vers lui. Antoine était pétrifié. Il lui était impossible de bouger. Il resta ainsi, pendant de longues minutes, à lire et relire ces quelques mots, écrits en lettres de sang dans la paume de la femme : « Taisez-vous ou vous mourrez ! »
Il recula d’un pas, puis d’un autre. C’est alors qu’il entendit à nouveau le murmure, plus distinct cette fois, comme si la salle entière retenait son souffle avant de parler. Il lui fallut un long moment pour comprendre que les murs chuchotaient : « La vieille est une sorcière ! »
Antoine se retourna. La salle était vide. Mais la troisième marche de l’escalier central venait de grincer. D’un pas pressé, il termina sa ronde, remplit son cahier de bord — « R.A.S. » — et alla se préparer un café.
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