« Création »

Pour ce nouvel atelier, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés a choisi d’inviter les écrivants à une balade en silence, dans un espace familier : le Parc Richelieu de Bagneux.

Le silence devient ressource, l’écriture devient sensible. L’exercice n’est pas de chercher, mais d’attendre, d’avancer sans intention, de regarder, écouter, sentir, toucher, de s’arrêter, de cueillir un détail, un rien inattendu. Le parc devient un prétexte pour apprendre à s’arrêter. L’attention devient la tension de l’écriture : « Presque rien, et pourtant »

A suivre le récit imaginé par Charlotte !

Création 

Tu vois, Monseigneur, j’ai bien listé tous les détails que j’ai vus dans le parc Richelieu. Je suis ébloui par ta créativité : petit escargot rampant sur une feuille, limace sur un brin de pelouse, perruche perchée en haut d’un arbre.  Ça, c’est pour le monde animal. Tu as oublié les papillons, donc je suis quand même un peu déçu.

Maintenant, pour le monde végétal : hêtre magistral, saule pleureur solennel, pâquerettes décorant la pelouse, cavité ovale dans le tronc d’un arbre, tu as fait du bon boulot. Mais, laisse-moi te dire que tu peux mieux faire. Tu n’as pas mis assez de fleurs sur la pelouse, ce détail ne m’a pas échappé. 

Toi qui te vantes d’être le Créateur, avec un C majuscule, tu étais un peu en panne d’inspiration aujourd’hui.Tu nous as cependant offert le soleil et la chaleur. L’inconvénient, c’est qu’il y avait trop de monde dans le parc.

Tu ne pourrais pas faire disparaître un peu les hommes quand il fait beau ? Non ? Et, pourquoi ? Ah ! Pour mieux contempler ta création ! Ta Création ou tes créations ? Tu hésites ? Moi qui croyais que tu savais tout et pouvais répondre à brûle-pourpoint, me voilà déçu. Mais au moins, tu me réponds. Ah ! du coup, tu dis ta Création plutôt que tes créations, j’en prends note. Mais au fait, pourquoi ai-je vu une perruche écrasée sur le sol au milieu des feuilles ? Pourquoi ne pas lui avoir laissé la vie ? Ah ! La vie et la mort marchent ensemble, main dans la main. Tu es dur quand même !

Dis-moi, j’ai besoin de savoir, quand est-ce que tu me rappelleras à toi ?

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