Pour ce nouvel atelier, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés a choisi d’inviter les écrivants à une balade en silence, dans un espace familier : le Parc Richelieu de Bagneux.
Le silence devient ressource, l’écriture devient sensible. L’exercice n’est pas de chercher, mais d’attendre, d’avancer sans intention, de regarder, écouter, sentir, toucher, de s’arrêter, de cueillir un détail, un rien inattendu. Le parc devient un prétexte pour apprendre à s’arrêter. L’attention devient la tension de l’écriture : « Presque rien, et pourtant »
A suivre le récit imaginé par Nathalie !
Quatre cœurs
Quel détail à s’accrocher dans une superficie de deux hectares?
Je fais l’introspection de mon corps. Me voilà en train de déambuler dans le parc Richelieu. Je me laisse envoûter par ce grand hêtre pleureur où les branches en retombant m’enveloppent et m’enlacent.
Il a dû en voir défiler des minots, des ados, des amoureux. Son écorce en est la preuve vivante : elle est gravée à plusieurs endroits. Je ressors de dessous les branches pour parcourir la plaine. L’herbe devient de plus en plus dense et haute. Elle a gardé la fraîcheur de la nuit. De petites gouttes d’eau viennent caresser mes mollets. Différents insectes parcourent les herbes folles.
Mais moi, le détail important de ma visite, je ne l’ai toujours pas trouvé !
Ce n’est pas tout de virevolter à droite et à gauche dans ces deux hectares ensoleillés, mais il me faut mon accroche. Je n’ai pas toute la journée. Doucement ! Respire profondément ! Arrête de te disperser ! Reviens à ton sujet ! Le sujet ! J’allais presque l’oublier !
Je poursuis ma marche, quand soudain ! Tout un carré de cinquante mètres de trèfles s’étale devant moi. Je les regarde. Je pense à la chance. Quelle probabilité de trouver un trèfle à quatre feuilles dans cette superficie ? Je ne sais pas. Mon regard commence à les fixer un par un. Je me mets à quatre pattes pour un trèfle à quatre feuilles. Mes doigts les passent en revue un à un.
Ils sont vert tendre en leur cœur pour passer au vert bouteille à leurs extrémités. Je me remémore mes balades de mon enfance où, avec mon frère, nous nous amusions à rechercher le trèfle avec un grand T : celui qui avec quatre cœurs, celui qui porte chance avec un grand C.
La chance je n’en ai pas eu beaucoup : né trop tôt, avec des parents morts trop tôt, ayant arrêté l’école trop tôt, étant arrêté par la police trop tôt, puis inscrit au chômage trop tard. Cela m’a bien fait rigoler car, moi et le travail, il me faudrait deux fois plus de doigts. Mais sûr que si je trouve un trèfle à quatre feuilles en moins de cinq minutes, j’aurai une grande chance de gagner au Loto. Au moins, l’espoir fait vivre : le voilà le détail de ma journée !
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