« Inconnu ou célèbre »

Nouveau défi pour les écrivants d’À Mots croisés avec l’atelier « Des mots sur les murs » proposé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés à l’Espace d’art Chaillioux de Fresnes qui expose, jusqu’au 25 juillet 2026 « Inside – Outside », des œuvres de sept artistes de street art : Nebay, Michaël Barek, Shoof, Nilko, Diksa, Kœurélé et Wire.

À la suite de la visite guidée par Léa, médiatrice de l’Espace Chaillioux, Annie a invité les écrivants à une nouvelle déambulation, plus personnelle. Il s’agissait de choisir une œuvre, de l’observer, de la décrypter pour ensuite, dans un temps long d’écriture, la laisser parler, crier son intention, interpeller le visiteur ou bien écrire la voix de celui qui l’avait peinte. Chacun pouvait/devait oser écrire un texte qui dérange, un texte insolent, écrire ce qu’il peut être interdit de dire, écrire sa colère, dénoncer, passer un message. 

À suivre le récit imaginé par Francine à partir d’une œuvre de Wire*. 

Inconnu ou célèbre

Tu ne devrais pas être là ? Oui, toi. Arrête de regarder autour de toi. C’est à toi que je parle. Depuis que je suis peint et accroché sur ce mur, personne ne m’a jamais entendu. Pourquoi toi ? D’habitude, on passe devant moi, on me regarde et on repart, sans jamais entendre ce que je dis. Mais toi, puisque tu m’entends, peux-tu me dire pourquoi, depuis plus d’une demi-heure, tu me scrutes, tu me détailles, presque à me sentir tellement tu t’approches de moi ?

Est-ce une danse rituelle quand tu fais un pas en avant, un pas en arrière, et puis sur le côté ou sur la pointe des pieds ? Tu l’appelles comment, ta danse ? Après réflexion, ce n’est peut-être pas une danse, mais tu as tout simplement envie de faire pipi. Ou alors, tu veux m’imiter. Regarde, comme je suis dans l’énergie, dans la légèreté, je cherche à m’envoler, à sortir de la toile. Je suis à l’écoute de la musique de mon maître. Et toi, tu l’entends, cette musique ?

Tes lèvres bougent, mais je ne comprends pas ton dialecte, dommage. On aurait pu dialoguer, échanger nos points de vue. Toi, tu gigotes. On dirait que tu ne sais pas quoi faire, quoi dire ou penser de ce que tu regardes. Je n’arrive pas à lire sur ton visage si je te plais ou pas, si j’anime des émotions en toi ou si je t’inspire l’indifférence. 

Si tu veux, je peux te raconter mon histoire. Sur ma toile blanche, l’artiste a mis tout son talent et toute son âme dans mes lignes noires, dans mes couleurs savamment choisies sur un beau fond gris irisé, dans le mouvement élancé vers le haut, comme s’il voulait nous faire sentir la musique qu’il a dans sa tête. Est-ce que tu la ressens cette mélodie, est-ce que tu me comprends mieux maintenant ?

Tiens, maintenant tu sors ton téléphone, mince alors, tu t’ennuies. Je dois être vraiment moche et, finalement, je ne te donne aucune sensation. Ah non, tu me prends en photo. Alors, c’est que je t’intéresse un peu quand même. Je suis rassuré si tu me veux dans ta petite boîte, c’est que tu veux pouvoir me montrer et me partager avec tes amis. 

Merci à toi, mon inconnu qui est resté si longtemps à me reluquer, à m’inventer une danse et qui va propager mon image sur les réseaux sociaux. Merci à toi de me rendre célèbre.

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Wire (« fil » en anglais) ou encore Waner, artiste pluridisciplinaire, passionné par la peinture, l’illustration, la bande dessinée, le graffiti, le street art, son travail est basé sur l’énergie et le mouvement.

L’artiste oscille constamment entre le dedans et le dehors, naviguant entre la rue et l’atelier. Wire nous invite à plonger dans son univers coloré où les lignes, les courbes se mêlent et s’entremêlent sous l’impulsion de son geste pour tisser comme une immense toile d’araignée visuelle. À travers son mélange de techniques et sa variété de supports, l’artiste crée sur plexiglas pour Inside-Outside une œuvre avec effet « vitrail ». Il y superpose les plans tout en jouant sur les perspectives. 

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