OLÉ 💃🏻Petite innovation-surprise de rentrée pour À Mots croisés avec l’ouverture de nouveaux rendez-vous d’écriture pour ses adhérents. O comme ouverts à tous ceux et celles inscrits le lundi ou le samedi. L comme libres au niveau horaire et É comme élastiques, jour et rythme étant souples.
Pour le premier atelier OLÉ, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, avait choisi un jeudi en fin d’après-midi et invité à l’écriture, dans un espace de convivialité, la Brasserie Le Dampierre, en plein cœur de Bagneux. Un espace idéal pour éveiller son esprit et nourrir ses sens. Un espace propice à l’écriture autour de « Là où des vies se croisent et se décroisent ».
À suivre le récit de Sandra.
La distraction passagère
Thomas ne pensait pas avoir l’opportunité de retourner sur son lieu de jeunesse, mais il y fit un prompt retour. Furtivement, il se dirigeait vers la Place de La République en direction du café Dampierre. Il eut un moment d’hésitation, « Où est-il ? »
Ce fut un fulgurant changement de devanture par un coloris modernisé par un bleu marin métallisé tout en sobriété. Il trouva place au milieu de la terrasse parmi les chaises colorées de deux couleurs entre le bleu et le blanc, il soupira au milieu de ce vaste emplacement qui différait en représentation et lui donnait tout de même un regain de nouveauté.
Son point de repère restait identique. Le clocher de l’église restait véritablement authentique. Jadis, quand 5 heures de l’après-midi sonnait au pensionnat, il avait pris pour habitude de prendre part à la ferveur estudiantine, au café Dampierre.
Cette fois-ci, il était face à lui-même assis au milieu des travailleurs dont certains étaient accoudés au bar ou assis nonchalamment pour chercher l’ivresse de la détente dans des verres de bières de début de soirée.
Par cette soirée d’automne ensoleillée, il goûtait fraîchement un verre de rosé.
Ce verre lui évoquait l’époque où il restait jusqu’à tard dans la nuit.
Il finissait son verre et attendait l’extinction du lampadaire kaki, qui se trouvait face à lui, avant de saluer le personnel de fermeture.
L’ambiance s’était nettement calmée comparativement à l’année de ses 18 ans. En sortant du pensionnat, il aimait s’aventurer avec sa bande studieuse entre les tables des cafés, pour s’assurer qu’il avait mainmise sur ce lieu amical. Il se sentait comme le centre névralgique de ce lieu. C’était un habitué des longues conversations autour d’un café pour redimensionner le monde extérieur et ses aléas.
Il alluma une cigarette qu’il consomma à vitesse grand V. En effet, sa nervosité avait pris le dessus, ce lieu était devenu méconnaissable.
Rien ne lui semblait familier. La musique reggae d’une reprise de « Kiss of Life » lui donnait la sensation d’être un étranger en milieu conquis.
Il ressentait ce paradoxe lié au changement d’époque. Une mère en poussette promenait son enfant et c’est à ce moment-là, qu’il fut pris d’une nostalgie enfantine.
Autour du café, c’était la conquête de sa jeunesse. Il avait gambadé entre le pressing et le cordonnier, des centaines de fois. Malheureusement les commerces n’étaient plus ceux de sa décennie. Il y avait à la place, un restaurant de poulet-frites pour une clientèle friande de gourmandises passagères.
Les années défilaient, il avait pris le train de la vie en route et ce café avait été pour lui un lieu où le temps s’arrêtait, comme une terre de refuge. Un homme d’un certain âge avec une casquette en cuir beige, entra dans le café pour s’asseoir au fond du café. L’ homme sortit de sa poche une montre argentée, accrochée en pendentif. Il faisait claquer de façon continue du bout de ses doigts la fermeture de l’objet. Il reconnut cette montre d’antan qui appartenait à l’ancien propriétaire du café. L’ancien propriétaire l’avait dorloté du haut de ses 3 ans. Il se souvint d’un groupe hebdomadaire de religieuses du pensionnat qui terminait leurs rassemblements autour d’un café, tous les lundis soirs.
Mais qu’avait-il fait de ses années sans avoir retrouvé un soupçon d’âme d’autrefois ? Le visage de cet homme lui paraissait connu, il avait un souvenir lointain. Il reconnut l’ami d’enfance de son grand-père qui était le fils de l’ancien propriétaire. Il avait gardé la même place dans le café.
Il s’avança vers lui, mais l’homme eut un mouvement de retrait et de recul. Il se présenta à lui, mais le vieil homme était dans un tourment de pensées et ne lui prêta pas la moindre attention.
Décidément, tout était devenu austère et impersonnel. Il se jura de ne plus retourner dans ce café.
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