Les pierres ont parlé

Bagneux – 28 septembre 2019

A la tombée de la nuit, Eloïse, guide-conférencière, nous emmène pour une balade à la (re-) découverte du vieux Bagneux. Pour nous qui allons imaginer une micro-fiction sur « Les pierres ont la parole », le moment est important : nous scrutons les pierres, les pavés de la Rue de la Mairie (anciennement rue Pavée), les briques de l’actuel Foyer Caurant, la statue de «  Vénus et Cupidon » signée Coysevox dans le parc Richelieu, les chasse-roues de la rue des Fossés et écoutons attentivement leur histoire. Quelques minutes plus tard, surprise ! Sous le kiosque du parc Richelieu, Olivier, comédien de talent, nous lit, à la lumière d’une lampe de poche, des histoires imaginées par les écrivants d’A Mots croisés, à partir de documents d’archives. Sa voix, seul fil conducteur de l’imaginaire, est puissante, l’ambiance grave. L’auditoire passionné est transporté dans le Bagneux du 19e et du 21e siècles, puis dans la vie dramatique d’Edouard Joseph Pluchet. Lire les PDF ci-après.

Plus que quelques pas pour retrouver Valérie Maillet, responsable du Service des Archives et du Patrimoine et que nous remercions ici vivement de son soutien à ce projet, inscrit dans le cadre des Journées du Patrimoine 2019.

Nous sommes une dizaine à oser l’écriture « sous les yeux » de blocs de calcaire et de gypse gracieusement prêtés par les tailleurs de pierre de l’église Saint-Hermeland, l’association des Amis de Bagneux, mais aussi par la Maison de la 4 !

Virginie, l’animatrice d’ A Mots croisés, nous invite à poser des mots sur les pierres, à réfléchir à nos pierres fétiches ou bien encore à inventer une expression avec le mot « pierre ». Tout le monde se prête au jeu, dans la joie et la bonne humeur.

Tandis que Laurent rédige « Ma pierre à l’édifice » (lire ci-dessous), Théophile et Agnès créent des mots en langue des oiseaux* : « Pie-air », « Py-hère», etc. Soraya invente un nouveau proverbe « À chaque jour suffit sa pierre » et Maximilien « Tête de ministre, Pierre qui glisse ». Puis, le silence s’installe, les stylos dansent sur les lignes. Chuuut ! Pour l’heure, nous vous donnons rendez-vous ces prochains jours, pour lire les récits imaginés, avec un réel enthousiasme, par nos écrivants !

On peut déjà vous dire : « Les pierres ont parlé ! »

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La langue des oiseaux consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soit par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots, soit enfin par le recours à la symbolique des lettres. Autrement dit, la langue des oiseaux est une langue tenant de la cryptographie.

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Micro-fictions 2018

« Trace » de Christine Garnier Archives – Trace

« L’histoire d’Edouard Joseph Pluchet » de Annie Lamiral Archives – Hannetons

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Ma pierre à l’édifice

par Laurent

 Je me souviens, j’étais plongé dans l’obscurité et le silence, j’appartenais à un sous-sol sédimenté, caressé par quelques ruissellements. Je me souviens, j’étais serré, compacte et froid, je formais la matière et mes couches claires s’étaient superposées depuis les profondeurs. Depuis des millénaires, des éléments microscopiques s’étaient précipités. Ils s’accumulaient au grès et se constituaient par réaction. Magnésium et calcium voulaient être de la partie et s’étaient mis d’accord avec carbone. Ensemble, ils voulaient prendre de la hauteur. Parfois, des ondes traversaient mon échine, dure et massive, alors mon cœur, incrusté de moulages d’exosquelettes et de fiers silex au cortex coupant, vibrait. Au fil des années, j’atteignais les dimensions d’un bassin. Je me constituais en forme grossière, mais je cohabitais en bon voisinage avec mon compagnon, l’argile. Au fait, je ne me suis pas présenté, je suis calcaire.​

Aujourd’hui, je suis blotti et j’embrasse d’autres blocs de pierres. Je suis scellé, au coude à coude avec mes voisins. Je suis taillé sur toutes mes faces, suivant des dimensions et des formes déterminées. J’apporte ma pierre à l’édifice, je le compose… Des cultivateurs du sous-sol m’ont extrait des profondeurs et je me suis retrouvé à ciel ouvert. Ils m’ont d’abord enchaîné, puis déplacé sur des chariots et des wagonnets. Un maître d’œuvre, reconnaissant mes vertus physiques et mécaniques, s’est épris de moi. Je suis une pierre à bâtir, je viens à point ! Dans un nuage de poussière blanche, l’homme m’a coupé, ciselé, et même caressé par endroit. Légère et poreuse, j’ai plié en grinçant, offrant ma belle robe anguleuse. Nettoyé de mes impuretés, mon teint gris jaunâtre s’est éclairci. Mes micro-algues se sont fait la malle. Débarrassé de mes empreintes organiques, je suis devenue lisse et sensible, et je suis resté muet comme une pierre : objet massif, fragmenté, résistant à l’usure et au choc. Toujours polie, je reste de marbre, et faisant d’une pierre deux coups, j’ose la séduction. Je m’érige en colonne et m’élève en arches et en voûtes.

La foudre me réchauffe, j’ai aussi un point de fusion. Loin de mon sous-sol obscur et silencieux, des éclairs fabuleux m’illuminent. J’aperçois ma cousine la craie, sableuse à souhait. Ses grains fins de couleur crème dévoilent une myriade de paillettes de mica étincelantes. Aïe ! Un coup de tonnerre ! Il m’arrive de trembler. Heureusement, calcite et silice m’accompagnent et nous partageons quelques gouttes de pluie autour d’un bon ciment. Des feuilles passent leur chemin tandis qu’un vent froid et salin frotte mes lignes. Et déjà, un ruisseau recouvre un tapis de gypse pigmenté de soufre. Je rigole souvent avec le gypse. Parfois, il se déguise en plâtre et joue le tendre cristallisé. Grâce à lui, ma colonne rendue fibreuse  résiste aux coups de fouet des branches d’arbre.

Mais où est mon ami l’argile ? J’aime quand il adopte sa structure meuble et lamellaire. Il oublie sa brique artificielle et adopte sa posture modelée, si imprévisible. Il assure confort et équilibre, mais lorsqu’il se fâche, tout peut s’écrouler.

Un quartz de densité supérieure offre son prisme étoilé aux nappes à épurer, tandis qu’un feldspath aux éclats vitreux perd son immobilité. Il cherche refuge car la terre recule. D’autres joyaux, tétraèdres aux multiples dérivés, osent la courbure d’une poterie, la brillance d’une céramique ou encore la transparence du verre.En perte de stabilité intérieure, je me fendille, puis me fissure. Quelques grains altérés m’abandonnent. Mes particules aux charges affolées ne savent plus où donner de la tête.​

Croyez-moi, j’ai du caractère ! Bien trempé, de jolis sillons gravés bouleversent mes aspérités. Je  pleure les souvenirs, et prend la parole. Faite aux ciseaux par un sculpteur, je suis une ébauche qui parfois rit et chante : « Rap, rap mes excès de roches. Rap, rap au son des cloches »

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