« M 316 »

Clap de fin pour les récits imaginés sur le thème de la « Nature » dans le cadre « Voilà l’été ! » et des animations d’écriture proposées par À Mots croisés. Nous vous laissons tout au plaisir de découvrir celui de Carmen, écrivante de A Mots croisés, qui a opté pour un genre d’écriture très particulier ! Bonne lecture !

« M 316 »

La campagne semble parfaite, à la manière de ces clichés figés de cartes postales que l’on s’échangeait autrefois pour faire plaisir ou rendre envieux.

Le ciel bleu d’azur accueille un soleil brillant de mille feux tel un projecteur sur un plateau de cinéma. Qu’elle est verte cette prairie d’où s’égarent des herbes folles poussant sous la brise légère. Au bout de ce charmant paysage au calme quasi irréel, une dizaine d’arbres regroupés en bosquet semble former une ronde immobile. Tableau de peintre, une fenêtre sur le monde.

Aucun chemin ne traverse le champ. Aucun être vivant ne semble habiter ces lieux. Calme et tranquillité, un jardin oublié. Une ombre à cette scène idyllique, l’odeur des foins d’été après l’orage et le chant de l’alouette.

Ebloui, il n’ose faire un pas de plus, par peur de tout bousculer dans ce cadre enchanteur. Il a beau y avoir été bien préparé, la toute première fois dans ce décor de nature véritable est un choc sans précédent. Jusque-là tout ne fut que fantasmes et spéculations avant d’attendre son tour et de pouvoir enfin gouter à cet espace de pure liberté. Rêver est une autre chose, découvrir en est une autre.

Il lève les yeux vers le haut et trouve les nuages bien curieux à l’observer ainsi. Presque obscènes.

De ses mains tremblantes d’émotion, il finit par effleurer des fleurs rouges. Sûrement des coquelicots mais n’en ayant encore jamais vu, il finit par en douter. Quelle étrange sensation pour lui. Jamais il n’a ressenti cela. Pourtant, il s’est longuement préparé à cette rencontre avec la nature et là maintenant, il n’en croit pas ses yeux. Inquiet, il l’est assurément devant tant de découvertes en si peu de temps. Surtout la forêt. Les arbres peuvent être si grands. On a beau l’avoir appris, cela n’en est pas moins terrifiant, car grandir entre quatre murs ternes ne donne pas une vision réelle de ces géants tranquilles. Il croit qu’ils avaient des bouches car il semble entendre le murmure des feuilles que le vent répand partout. Désormais peu lui importe de tomber et de mourir car il a vu la nature. On lui demanderait de raconter son expérience et lui, avec patience et fierté, raconterait inlassablement son histoire.

« Matricule M 316, vous avez eu vos dix minutes, vous devez partir immédiatement. Laissez la place à M 317 ! »

Un haut-parleur vient de rompre le charme et tout prend un éclairage différent. Le ventilateur cesse son souffle. Le soleil devient noir. Et même l’herbe si verte donne l’impression de n’être qu’un obscur polymère synthétique. Un rêve brisé par la main d’un technicien sans état d’âme, M 316 retourne brutalement à la réalité de son existence. Celle de la vie dans une station spatiale où seul le vide occupe toute la place. Il soupire de dépit avant de sortir de la pièce de simulation. Son successeur attend pour pénétrer à sa suite et découvrir ce que « nature » veut dire. Comme avant quand les hommes habitaient une toute petite planète que l’on disait bleue. Mais ça, c’était avant.

Écouter le récit de Carmen

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