« Je l’aimais trop »

Nouveau défi pour les écrivants d’À Mots croisés avec l’atelier « Des mots sur les murs » proposé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés à l’Espace d’art Chaillioux de Fresnes qui expose, jusqu’au 25 juillet 2026 « Inside – Outside », des œuvres de sept artistes de street art : Nebay, Michaël Barek, Shoof, Nilko, Diksa, Kœurélé et Wire.

À la suite de la visite guidée par Léa, médiatrice de l’Espace Chaillioux, Annie a invité les écrivants à une nouvelle déambulation, plus personnelle. Il s’agissait de choisir une œuvre, de l’observer, de la décrypter pour ensuite, dans un temps long d’écriture, la laisser parler, crier son intention, interpeller le visiteur ou bien écrire la voix de celui qui l’avait peinte. 

Chacun pouvait/devait oser écrire un texte qui dérange, un texte insolent, écrire ce qu’il peut être interdit de dire, écrire sa colère, dénoncer, passer un message. 

À suivre le récit imaginé par Laurent à partir de l’œuvre de Nebay* en illustration. 

Je l’aimais trop

Nebay veut rendre l’art contemporain accessible à tous. De fait, dans cette exposition, au milieu de tous ces déferlements et explosions de couleurs et de formes à la signification parfois difficile, un grand tableau signé de cet artiste issu du graffiti et de l’art urbain, semble livrer un sens.

Son titre : « Je l’aimais trop ». Titre en apparence étrange pour la représentation d’une espèce de minotaure mi-bovin mi-humain. Lequel rentre violemment dans un espace apparemment clos, tête pourvu de grosses cornes en avant, l’air buté, semblant tout bousculer sur son passage, au grand dam d’une femme horrifiée par un tel comportement de malotru.

Le sigle RATP donne une indication sur le lieu : le métro ou le RER. Et fournit la clef pour comprendre l’œuvre : le détournement d’une campagne de pub, relativement récente, de la même RATP pour inciter les passagers à la civilité et au respect. Sont ainsi visés ceux qui gênent les autres avec leurs grands sacs, leurs bruits, leurs conversations téléphoniques, leurs cigarettes, leurs comportements agressifs… Comme s’ils étaient seuls au monde.

En-dessous des deux personnages, des lettres et des graffitis, des cascades de bleu, d’orange, de jaune, de cyan… Tout cela traduit-il la colère des deux personnages ? Celle du minotaure qui veut se venger de la société, de sa copine qui l’a quitté, de son voisin de palier qui lui a dit ses quatre vérités, de son collègue qui a été augmenté et pas lui ? Ou celle de la jeune femme qui en assez d’être toujours molestée et gênée depuis sa naissance par le même genre de butor ?

Difficile de savoir. Mais quand on creuse un peu, l’on découvre que l’œuvre est puissante. Elle frappe dès qu’on a compris de quoi il s’agit. Preuve que l’art contemporain, qui détourne, déforme, caricature, provoque, peut lui aussi être chargé de sens et de symboles. Comme l’art a su le faire à toutes les époques de l’histoire humaine, depuis la Préhistoire jusqu’à aujourd’hui. « Je l’aimais trop », nous dit ce tableau. Moi, je l’aime bien.

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Taggeur, graffeur, street artiste, Nebay souhaite rendre l’art contemporain accessible à tous. Dans cette œuvre, il a détourné une affiche publicitaire de la RATP.

Ses œuvres entre ordre et chaos marquent l’espace urbain avec des messages sociaux forts, parfois teintés d’humour.

Instagram @nebayjct100

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