Entretien avec Zomeka

Nouveau défi pour les écrivants d’À Mots croisés avec l’atelier « Des mots sur les murs » à l’espace Chaillioux de Fresnes https://www.art-fresnes94.fr/

 qui expose, jusqu’au 25 juillet 2026 « Inside – Outside », des œuvres de sept artistes de street art.

Nous avons profité de l’occasion pour aller à la rencontre de Zomeka, une artiste, une graffeuse, qui a participé, à plusieurs reprises, à « Si t’es Môme », un événement dans le cadre de la Fête des Vendanges de Bagneux et qui y a réalisé de nombreuses fresques, murals et décors. Nous lui avons posé quelques questions pour mieux comprendre le street art du point de vue d’une artiste et ainsi mieux appréhender la visite de l’expo.

Depuis quelques années, le street art ou art urbain quitte la rue pour entrer au musée comme ici à l’Espace Chaillioux. Il perd ses origines illégales, subversives et éphémères. Que pensez-vous de cette mutation ?

De mon point de vue, il n’y a pas vraiment eu de mutation. Il y a juste plus de visibilité et la pratique s’est démocratisée. Depuis ses débuts, le Graffiti à été pris en photo, exposé, récupéré en rue (le photographe Henri Chalfand, les œuvres de Basquiat, Keith Haring par exemple) et en fonction de l’artiste et de ses intentions commerciales, de son rapport à l’Ego, l’entrée de l’art urbain en galerie s’est fait assez instantanément. Cependant la partie vandale du Graffiti, la prise de possession d’un espace libre de création, sans chercher la reconnaissance du regard de l’autre, comme peuvent l’être certains puristes de Free Jazz, ou puristes de la lettre graffiti, cette partie-là est, selon moi, la colonne vertébrale de la pratique. Aujourd’hui, l’accès à la culture s’est vu démultiplié avec les réseaux sociaux et vidéos, alors qu’à l’époque c’était en rue ou dans des livres que l’on pouvait découvrir les codes de cette pratique en étant curieux. Il existe toujours autant de créateurs qui cherchent à contre-courant, et autant d’artistes émergeant qui utilisent les nouveaux outils numériques, Grand public et Aficionados cohabitent de toute part.

Vous vous définissez comme artiste polymorphe. Pouvez-vous nous en dire plus ? Nous raconter le chemin parcouru ? Pourquoi avoir choisi le graffiti plutôt qu’une autre technique (trompe l’œil, mosaïque, collage, etc.) ?

J’ai découvert ce terme en écoutant une interview de Charles Elie Couture. Musicien, peintre, il explique ce terme pour définir ce qu’il est compliqué à mettre dans une case. Les transversales, le mélange des genres et des disciplines, ainsi que les univers sont mon quotidien.

Le matin, je gère mon écurie et mes quatre chevaux, puis j’enchaîne sur de la création vidéo, ou dessin, écoute sonore, écriture, peinture, construction… Mes journées sont composées de temps d’alternance entre les projets et les gens.

Comment se passe le processus de création, le choix des mots, des images, des couleurs ? Le questionnement, l’exploration…

J’entremêle mode de vie et création. Quotidien en résidence sur un lieu au calme, entouré de nature et d’animaux, de lignes d’horizons, promenades à cheval, galop en piste. J’alterne avec des déplacements, voyages en train ou autoroutes méditatives, rythmés de musique, de rencontres humaines et artistiques. Je me nourris de tout ce qui m’entoure, de muses. Par mes mains deviennent concrètes mes idées et sensations. Donner à voir, ou permettre de voir pendant le processus, en performance par exemple, sont les étapes finales de la création.

Voir perdurer une œuvre dans le souvenir de quelqu’un est un accès au temps de l’autre, la transmission pour toucher l’éternité.

Vous êtes une femme graffeuse. Êtes-vous nombreuses en France, dans le monde ?

Il est difficile de sortir un chiffre, nous avions créé un collectif Who’s That Girl qui comptait environ 35 graffeuses, si on rajoute les street artistes et en se basant sur le recensement fait par la Fédération Française d’Art Urbain, on approche la centaine bien tassée, sur le circuit légal et visible, je dirais. 

Dans le monde aussi les graffeuses sont là, et depuis le début. Cette même problématique pour toutes (et ce depuis bien longtemps, pour les artistes, Berthe Morisot par exemple) est de combiner sa vie de femme et sa vie d’artiste. En fonction des époques, ou des moyens actuels, tout le monde ne peut pas encore être libre de choisir sa carrière, mais les plus passionnées combinent le tout avec ferveur.

Dites-nous en plus sur votre blaze ? Pourquoi se cacher derrière un pseudo ? Comment le choisir ?

 À la base, ZO MEKA vient d’un nom imaginé pour produire en collectif des toiles fluo, avec des illustrations reprenant un zoo de personnages biomécaniques.

À l’époque, je dessine beaucoup en m’inspirant de BD de SF, Métal Hurlant, Zora la Guerrière. Devenu dans la foulée une association pour développer des projets de créations et soutenir les artistes, c’est aussi devenu mon blaze lors de ma première fresque aux côtés de graffeurs.  

Aujourd’hui, plus de 20 ans après, ce nom est devenu le mien, en toutes lettres, Zomeka, et une nouvelle association à vue le jour en région centre : Tache Bitume, tournée vers les publics avec des ateliers d’arts plastiques et Graffiti.

Pour les créations vidéos, et je signe également sous mon nom personnel  » Mélanie Elzingre » certains de mes nouveaux projets. Là, pour le coup, j’ai parfois la sensation d’utiliser ce nom tel un pseudo !

 Enfin, avez-vous des projets en cours ? En rêve ?

 Je développe un projet de lieu de résidence » La Diagonale », pour permettre aux artistes (équestres, musiciens, graffeurs, etc.) de pouvoir faire escale chez moi, pour travailler au calme sur leurs projets. Contribuer au développement d’un territoire, partager, et lutter ensemble pour un avenir en paix me semble être un rêve accessible, pour lequel il faut s’engager pleinement. Continuer de voyager et de découvrir d’autres cultures, sans le biais de l’écran.

 Un mot à ajouter ? Un message à faire passer ?

La création est un mode de vie, mon travail un exercice de jonglage, et mon cœur le tempo. 

http://www.zomeka.co 

instagram : zomek_a, tachebitume unika.graffiti-equestre, mélanie.elzingre facebook Zomeka Elzingre 

Youtube unikazomeka

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Photo (C) Zomeka

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