Les ateliers d’écriture se suivent et ne se ressemblent pas. À Mots croisés a invité Amandine Tondino, scénariste et réalisatrice, à animer un atelier d’écriture scénario (Court entretien avec elle à lire dans le précédent post).
Après une introduction sur l’approche d’écriture de scénario, sur ce qui sépare un récit qui se lit d’un récit qui se tourne, les participants ont réécrit leur récit préféré sous format de scénario.
À savoir qu’un scénario, on l’écrit, on l’oublie, on y revient, on le fait évoluer, on coupe, on reformule, on adapte. La réécriture reste une phase longue, difficile, complexe, qui s’étale parfois sur plusieurs années et se réalise à plusieurs mains. Nous partageons ici un essai d’écriture de scénario, réalisé par Annie sur son récit « Une fraction de seconde ».
Récit narratif original
Quelque part en Sibérie. Un lac. Gelé. Je viens de rejoindre l’équipe de tournage du prochain James Bond pour tourner une scène de course-poursuite. Je serai la doublure d’Irina, une terroriste qui veut la peau du célèbre agent secret.
Le thermomètre affiche moins 50°. Il est 14 heures. Les projecteurs s’allument. Sous ces étoiles artificielles, une armée de techniciens s’affairent, installent des caméras et recherchent les bons cadrages. D’autres guident des drones qui font faire des plans vus du ciel. Un certain, Victor, mon mécanicien, opère les derniers réglages sur ma moto.
À cause du blizzard, je pousse péniblement ma moto jusqu’au niveau d’une croix marquée en peinture fluorescente sur la glace. Je monte sur l’engin, le démarre en le faisant pétarader plusieurs fois pour m’assurer de son bon état de marche.
La radio de mon casque égrène le compte à rebours. Le haut-parleur braille : « ACTION ! » Je m’élance. Plus que quelques secondes avant la cascade. Tout a été chronométré et méticuleusement vérifié sur ordinateur. Les distances, le vent, la vitesse. Je vais lâcher la moto, sauter sur le capot de l’Aston Martin que James conduit, puis glisser et finir ma course sur le toit de sa voiture en marche. Là, je m’immobiliserai grâce à mes gants et à ma combinaison aimantés. La régie télécommandera une mini-caméra blindée qui filmera en gros plan la herse sensée le transpercer.
Je suis prise d’une crise d’angoisse. Un oiseau énorme sort de nulle part. D’un geste de la main, je le chasse de mon champ de vision. Ma tête casquée heurte le pare-brise qui vole en éclat. Mon corps traverse l’habitacle comme une fusée. Je ressors par la vitre arrière.
Me voilà, figée, plaquée sur la glace. J’enrage. C’est alors que j’entends une voix sortir de nulle part. Celle de James : « Bouge pas, Alixe, les secours vont arriver ! »
Essai d’adaptation – Écriture du scénario
1 – Extérieur – Jour
Lac gelé en Sibérie. Une équipe de tournage filme.
Alixe, jeune femme portant un casque, pousse une moto jusqu’à une croix marquée au sol à la peinture fluorescente. Elle enfourche sa moto et fait pétarader le moteur pendant qu’un mécanicien opère les derniers réglages de la moto.
Concentrée, elle écoute le compte à rebours.
Voix off
5, 4, 3, 2, 1
Elle fixe du regard l’Aston Martin, conduite par James Bond.
Voix dans haut-parleur
« ACTION »
Alixe s’élance avec sa moto, droit vers l’Aston Martin, qui roule à vive allure.
Un oiseau entre dans son champ de vision et l’occulte.
Écran noir.
Alixe heurte la tête la première le pare-brise. Il vole bruyamment en éclats.
Crissements de pneus. Bruits de freinage.
Le corps d’Alixe traverse l’habitacle dans un long sifflement, ressort avec fracas par la vitre arrière et glisse sur la glace avant de s’arrêter.
Silence.
James est à genoux auprès d’Alixe.
Il la regarde, sourcils froncés, lèvres contractées, crispées par un rictus.
Il la colle au sol en posant ses mains sur ses épaules pour qu’elle reste immobile.
James
Bouge pas, Alixe, les secours vont arriver !
Alixe
Grrrr (grogrement sourd)
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