« Terminal »

Anne vous offre un récit énigmatique. Tout en retenue. Elle prend son temps pour raconter un départ, riche en émotions. Asseyez-vous confortablement et savourez son texte !

« Terminal »

On ne pouvait deviner si c’était le jour ou la nuit. Seuls les éclairages des comptoirs des compagnies aveuglaient les pupilles des voyageurs. Il régnait dans l’aérogare un vrombissement assourdissant telle une ruche humaine œuvrant sans cesse. Seule la voix élégante mais standardisée de l’hôtesse annonçant les vols se faisait audible.

Mais ils ne l’entendaient pas.

Des familles aux chariots entassés de bagages croisaient des businessmen aux malettes sobres et sinistres tandis que quelques jeunes routards étaient assoupis à même le sol.

Mais ils ne les voyaient pas.

L’horloge au design vintage art déco située juste au-dessus d’eux affichait 7 heures ou bien était-ce 19 heures ?

Ils ne savaient pas, ils ne savaient plus. Qu’importe !!

Ils étaient là dans une bulle intemporelle, ils étaient là, l’un face à l’autre , leurs corps se frôlant, comme deux aimants hésitants.

L’annonce des départs et des arrivées s’enchaînait donnant le vertige aux êtres en quête d’aventures. Rio, Calcutta, Montréal, Saint-Louis. Elle le regardait comme on regarde une flamme sur le point de vaciller. Ses yeux rougis par les larmes et la fatigue détaillaient avec nostalgie les moindres traits de son visage épuisé par les insomnies comme pour les graver à jamais dans sa mémoire

Ils ne parlaient plus. Les mots ne venaient plus. La source s’était tarie par la douleur.

« Réinventer le passé pour donner une seconde chance au présent » pensa-t-elle.

Mais il était là comme une atroce évidence avec son inéluctable issue.

Soudain, « Les passagers à destination de Cali vol 786 sont priés de se présenter porte F ».

Ces mots comme une sentence finale foudroyèrent ce qui pouvait lui rester comme espoir imaginaire.

De nouvelles larmes coulèrent. Il les essuya et prit alors ses mains avec tendresse et les serra contre lui.

Une seconde annonce, telle le couperet ultime. Des secondes comme des brûlures.

Leurs corps se séparèrent comme leurs vies.

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