« Les Foulées du Grand Canyon »

Changement de paysage avec Laurent qui vous invite à suivre une course mythique ! Sûr que son récit romanesque va vous enthousiasmer !

« Les Foulées du Grand Canyon »

Fin de matinée, sous une chaleur suffocante, les tribunes du stade s’étaient copieusement garnies. Le chaudron, inondé de lumière, bouillonnait à l’approche du grand départ des foulées du Grand Canyon. Des ballons multicolores virevoltaient, éclataient au rythme des vapeurs suffocantes. Des cris d’encouragement passionnés fusaient haut dans le ciel, tandis que des chants chaleureux rassuraient les athlètes, gonflés à bloc. Les concurrents étaient prêts à en découdre. Les rythmes cardiaques s’étaient accélérés, la tension montait. Des fanions multicolores s’agitaient au rythme des souffles bruyants. Le speaker dévoilait le nom des participants sous les clameurs du public impatient : Jason Speedy, Tryoglu, le grec, Donovan, la fusée, Igor, l’infatigable… Tous les athlètes rêvaient d’inscrire leur nom au fabuleux palmarès du mythique Raid Canyon. C’était une question de prestige.

Long de plus de trente kilomètres, le parcours débutait au pied des chemins escarpés et rocailleux du mont Etincelle. Chaque année, des chevilles se tordaient, craquaient, coincées dans une rigole piégeuse d’un de ses passages instables. C’était le premier écrémage : près de la moitié des coureurs abandonnaient la compétition à cet endroit. Les plus costauds évitaient les pièges de ces sentiers sinueux et rejoignaient les chemins sablonneux des gorges du Feu, au dixième kilomètre. Mettre un pied devant l’autre sur un terrain marécageux. Voici ce qui attendait les coureurs rescapés des premières difficultés. Continuer à tenir la cadence, à endurer les souffrances, à lever des cuisses lourdes comme des enclumes, à pousser sur des mollets durs comme du plomb… Mâchoires serrées, les tempes dégoulinantes de sueur, les meilleurs devaient ensuite affronter les obstacles du plateau de La Braise. Franchir des blocs enchevêtrés prêts à les faire vaciller à tout moment, et à provoquer l’arrêt brutal de leur progression. Combien de chutes, de glissades, de blessures ? Les derniers téméraires terminaient l’épreuve par les dix kilomètres d’ascension du Pic du Lux. Les champions, grimaçants de souffrance, au bord de la rupture, empruntaient alors des sentiers aux pentes vertigineuses. Le vainqueur faisait enfin un dernier tour de piste. A bout de souffle, il s’écroulait sur la ligne d’arrivée, et marquait pour toujours de son empreinte le fabuleux Raid du Grand Canyon.

Mais, cette année, aucun athlète ne reçut les acclamations du public. Un tremblement de terre interrompit la fête. Il mit en déroute les coureurs pressés de se mettre aux abris dans leur vestiaire. Le public en panique déserta le stade en catastrophe. Aucun malheur ne fut à déplorer. Quelques dégâts matériels tout au plus. Le départ de l’épreuve mythique ne put être donné, et le parcours fut transformé ; il devint impraticable. Des failles cisaillaient les chemins de l’itinéraire, et des éboulis barraient désormais la fameuse ascension du Pic de Lux. La course n’eut plus jamais lieu, et la mémoire du dépassement surhumain des athlètes sur les chemins accidentés du Fabuleux Canyon, laissée pour toujours au vestiaire…

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