Sur un panneau de la Maison des Matrimoines et des Patrimoines, on peut lire que Bagneux est une ville d’actions dont les valeurs sont l’engagement, l’épanouissement, la solidarité.
Après une visite guidée de l’expo « Luttes – Solidarité – Paix » par Loïc Canitrot, médiateur du Clos des Sources, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité à l’écriture autour de « Des voix pour un lycée – Quand les idées s’affrontent, les paroles s’élèvent, les mots résonnent ! »
Pour mémoire, la lutte pour un lycée à Bagneux a démarré en 1956 (!). Aujourd’hui encore, cette ville de 46 000 habitants est toujours dépourvue de lycée d’enseignement général public – alors qu’un tiers de la population à moins de 25 ans, que ces jeunes sont les porteurs potentiels de projets de demain, que cette jeunesse représente un vivier de futurs entrepreneurs. Depuis la remise en cause du projet en mars dernier, Bagneux se mobilise.
Annie a dégagé plusieurs pistes d’écriture : imaginer une (vive) discussion sur cette injustice territoriale, rédiger une pétition ou un récit à plusieurs voix.
À savoir le récit imaginé par Charlotte.
Wsh wsh
– Allez, Momo, vas-y, on va écrire une lettre pour avoir l’ lycée !
– Wesh, vas-y, j’sais pas quoi dire. J’sais pas si j’veux un lycée à Bagneux !
– Mais t’es ouf ou quoi ? Ouais, tu préfères aller en trottinette au lycée de Montrouge ?
– Wesh, la trottinette, j’adore, ça m’fait pousser des ailes, frère !
– Allez, Momo, vas-y, on va écrire c’te lettre. Moi, j’veux un lycée ici ! J’ai de bons agruments.
– Arguments, pas agruments, t’abuses !
– Wesh, j’ai pas beaucoup été en cours au collège, j’ai fait l’école bissionnière !
– Buissonnière, pas bisonnière. Moi, mes arguments pour pas avoir de lycée à Bagneux, c’est que j’veux pas aller en cours. Huit heures de cours par jour, c’est abuser ! Genre, c’est pas pour moi.
– Et frère, tu veux pas t’lever tôt le matin !
– C’est ça, brother. Si on a un lycée à Bagneux et des cours qui commencent, genre, à huit heures, faudra qu’je me lève à huit heures moins le quart, c’est abuser !
– T’es pas sérieux, t’abuses ! Moi, j’veux un lycée ici et mettre le bronx dans les cours. On n’est pas payé ! Mais, c’est vrai, brother, c’est quoi l’avenir ? Le chômage.
– Moi, j’préfère dealer, ça rapporte ! Un dealer, ça gagne plus qu’un prof. Et rien que d’les voir, là, les profs qui arrivent le matin à l’école, ça m’déprime ! Tous, leur sac à dos, ils font la tronche, voilà.
– Wesh, t’abuses Momo. Moi, l’idée de me lever plus tard, ça déchire ! Le reste, je m’en fous !
– Et brother, s’ils nous construisent un internat pour les élèves qui veulent pas se réveiller, genre, on est pas dans la merde !
– T’inquiète, frère, c’est pas demain la veille. Et qui est-ce qui mettrait ses enfants dans un internat à Bagneux ?
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L’abréviation wsh est un acronyme pour le mot «wesh», inventée par les jeunes. Elle se répand rapidement sur Internet et dans la langue parlée.
« wesh » est un adverbe interrogatif de l’arabe algérien. On dit ainsi « Wesh kayn ? » pour dire « Qui y a-t-il ? » et « Wesh rak » pour dire « Comment vas-tu ? ». C’est la culture hip hop française qui va l’utiliser à tout-va dans les années 1990.
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