« Embarquement immédiat »

Aujourd’hui, c’est Annie qui vous transporte dans un autre monde ! Bon voyage !

« Embarquement immédiat »

Celui qui arrive tout bronzé, chemise hawaiienne entrouverte et chapeau de paille sur la tête et qui cherche désespérément son passeport dans un grand sac vert fluo. Celle qui ajuste ses lunettes pour vérifier une énième fois la porte d’embarquement et qui, distraite, fait tomber son précieux téléphone. Celui qui d’une main, s’éponge les tempes, puis le front avec un grand mouchoir à carreaux et de l’autre fouille fébrilement ses poches à la recherche du médicament qui va calmer sa crise d’angoisse. Celle, si jeune, qui rassure son enfant en lui susurrant une chanson douce. Celui, plus âgé, qui, contrarié, clique et reclique sur son ordinateur qui ne donne plus aucun signe de vie. Cet écran noir lui est insupportable, son business ne peut attendre. Ceux – plus jeunes – qui se tiennent par la main et partent, la tête haute, en rangs par deux, derrière l’hôtesse. Ceux – pourtant du même âge – qui pleurent, crient, hurlent, trépignent et s’agrippent à leurs parents pour ne pas partir. Celle qui, au comptoir business, attire les regards curieux avec sa silhouette de mannequin, perchée sur des Louboutin. 

***

Elle a tout juste vingt ans. Elle passe sa langue sur ses lèvres pulpeuses, puis esquisse un sourire qui déclenche un crépitement de flashs. Son cœur s’emballe, elle veut séduire … encore plus. Elle secoue la tête pour dénouer son chignon. Ses boucles blondes tombent en cascade sur son écharpe de première dauphine. Elle a 55 ans. Elle est attablée à son bureau pour écrire son premier roman, une autobiographie « Réveillez-vous, les filles  ». Elle a huit ans. Elle jubile devant le miroir de la chambre. Elle s’est fait une couronne avec trois colliers de perles et une robe de princesse avec des foulards en mousseline, chipés dans la commode de sa mère. Elle a 40 ans. Elle descend les marches du tribunal au côté de son avocat. Elle se cache derrière de grandes lunettes noires avant de s’engouffrer dans un taxi sans répondre à la meute de journalistes, assoiffés d’histoires salaces. Elle a 28 ans. Son visage fait la une de Vogue et de Vanity Fair. Sur les podiums, son corps sublime les robes signées Lagerfeld, Lacroix ou Valentino, mais il ne lui appartient plus. 

*** 

Tu t’es laissée embarquer illico presto par ton boss, dans des aventures louches, diurnes et nocturnes, conditionnant tous tes contrats de mannequinat. Tu as toujours cru qu’il t’aimait. Tu étais fière d’être sa princesse, sa reine. Tu as cédé aux envies d’un porc, prédateur de jeunes filles et de jeunes femmes, qui t’a promis le paradis, mais qui, en fait, te fait vivre un enfer ! Réveille-toi ! Ouvre ta cage dorée et dénonce ces pratiques machistes ! Tu sais bien qu’il n’y a que dans les contes que les histoires de princesse finissent bien.

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