« Stayin’ alive »

La rencontre entre Nathalie et ce timbre-poste fut un véritable coup de foudre. Son imaginaire s’est délié en un éclair ! Son stylo a couru sur le papier ! C’est maintenant à vous d’entrer dans son univers fantastique ! Bonne lecture !

« Stayin’ alive »

Je suis née le 1er septembre 1943 à Annecy, un jour de grosse chaleur. Ce jour-là, ma mère a accouché à la ferme en début de soirée. Un terrible orage s’abattit. La foudre entra par la porte et ressortit par la fenêtre restée ouverte dû à cette chaleur étouffante et moite.

Quand je raconte l’histoire de ma naissance, tout le monde pense que c’est une pure invention, car mon nom est Charlotte TONNERRE.

En 1960, je suis partie m’installer à cap Canadell au bord de la Méditerranée. Je ne pouvais pas rester travailler dans cette ferme, car j’ai une phobie depuis mes quinze ans, des ovins et des bovins. Celle-ci est liée au traumatisme crânien ayant entraîné une hospitalisation de trois mois. Un bélier m’a foncé dessus, les coups de ses cornes m’éjectant jusqu’à dans l’enclos du taureau, qui lui me projeta dans l’écurie. Vous comprenez maintenant ma trouille insurmontable pour ces animaux.

Je suis un octopode, bref un poulpe. Quoi ! Ça vous étonne un poulpe qui parle ? Mais, sachez que je possède trois coeurs, j’ai une intelligence particulièrement élevée, avec de nombreuses connexions neuronales : ce qui me permet de déduire, de mémoriser, d’apprendre, d’avoir des émotions, de changer de couleur. En plus, je possède huit bras munis de tentacules puissantes, même la déesse Shiva ne m’égale pas. Alors, ça vous cloue le bec !

J’habite dans un énorme aquarium. Lorsque ma colocataire oublie de remettre le verre de protection au-dessus de celui-ci, je grimpe avec mes tentacules sur les parois et j’attrape tous les objets qui sont à ma portée : petits, gros, énormes. Un jour, j’ai chipé une amphore pour y mettre ma tête, me dissimuler et me déguiser. J’adore faire le pitre, c’est mon activité préférée. Pour faire rager ma colocataire, j’ouvre les pots de confitures ou autres, car je suis gourmand et farceur. Par contre, je ne sais toujours pas si je suis un mâle ou une femelle. Vivant seul, je n’ai jamais rencontré mes congénères. Mes sentiments amoureux, sexuels s’orienteraient peut-être vers le sexe opposé, le même sexe ou les deux. Les humains choisissent bien, alors pourquoi cela choquerait pour un poulpe ?

Le jour de la rencontre avec ma future colocataire, je suis tranquillement installé sous mon rocher et comme je suis encore tout petit et timide, j’ai des difficultés à trouver de la nourriture. Mais là, la faim me tenaille et il faut que je prenne mon courage à huit pattes. Je décide de sortir de ma cachette, mais ma peur me fait lâcher un jet bleuâtre très foncé. Mince ! Ce pet m’a fait repérer.

Quelque chose ne possédant que deux tentacules m’attrapent. On me soulève, je cligne des yeux car tout m’éblouit : le ciel, le soleil mais surtout ces yeux ornés de petits poils qui me scrutent de tous les côtés. Elle est attifée de sorte d’algues frisées et jaunâtres posées sur le haut d’une tête. Je n’ai jamais vu de telles algues dans la mer. Malgré ma peur, je commence à partir dans une crise de fou rire.

On m’a souvent parlé des « extra-merestres » et cela doit être ce genre de créature. Je suis plutôt cartésien, mais je commence à croire que ce n’est pas une légende. Ces êtres sont de la race des humains et leur objectif est d’envahir la mer pour nous étudier, nous dévorer, mettre leurs déchets et même nous faire ingérer des antibiotiques. N’importe quoi ! Ils ne seraient pas un peu frappés du ciboulot ?

Par peur, je monte très vite le long de cet être et je trouve un endroit pour me cacher : un morceau de tissu en forme de triangle. J’apprendrais plus tard que cela se nomme un haut de maillot de bain pour les humains « femelles ».

Depuis ma capture par Charlotte TONNERRE, je vis chez elle et elle m’a donné comme patronyme Gustave L’ECLAIR. J’aime bien mon nom, même si tout le monde se moque de nous.

Nous sommes très complices et régulièrement, Charlotte m’emmène à la plage. J’en profite pour tremper mes tentacules et Charlotte sort sa canne à pêche et attend une prise. Ce sont des journées du tonnerre où nous prenons beaucoup de plaisir. 

Un jour d’été, par une chaleur harassante, Charlotte décide de prendre la voiture pour nous rendre au bord de l’eau. Elle m’installe côté passager, dénommé la place du mort par les automobilistes. A chaque fois que nous prenons la voiture, elle me casse mes ouïes à mettre la chanson « Stayin’ alive » en boucle. Je n’en peux plus de cette mélodie, « elle me sort par les yeux ». J’ai beau râler, pester mais elle ne change pas de musique. Arrivés au milieu de l’après-midi, je pars me baigner et Charlotte sort sa nouvelle canne à pêche en fibre de carbone. Des nuages menaçants envahissent le ciel et le vent se lève brutalement. Je sors de l’eau et tout à coup la foudre s’abat sur la canne à pêche de ma chère Charlotte TONNERRE. La voilà gisant sur le sable, ne respirant plus. Elle, qui va à l’église tous les dimanches et laisse traîner sa bible devant mon aquarium, je commence alors à réciter l’Ave Maria, le Notre Père…Mais pas de résurrection !

Ma pauvre Charlotte est toujours avachie, la langue pendante. Tout à coup, je me souviens d’une émission de télévision où le présentateur expliquait le massage cardiaque. J’ai un éclair de lucidité ou de génie et je me mets à chanter « Stayin’ alive« . De mes huit tentacules, je lui assène au rythme de la mélodie un massage cardiaque des plus efficaces et son cœur repart très rapidement.

Elle a raconté son histoire à ses amis et à un journal local mais personne n’a voulu la croire.

Nous avons vécu encore ensemble une bonne année des plus heureuses.

Un dimanche matin, je décide de regarder, pour la première fois, le dessin animé Buzz l’éclair à la télévision et je mets tellement à rire que mon corps est pris de secousses, je n’arrive pas à arrêter ce fou rire qui se transforme en crise cardiaque. Charlotte TONNERRE n’a jamais pu me réanimer. Tout le monde me disait que je ne faisais pas mon âge, mais je venais d’avoir 10 ans. Ce qui correspond pour un humain à 100 ans.

Charlotte TONNERRE m’a dignement remis à la mer un jour d’orage, sous une pluie battante avec des éclairs magnifiques et tellement impressionnants que vous n’en verrez jamais. Ce fut notre dernier moment intense ensemble.

Aujourd’hui, moi, Charlotte TONNERRE, je vais visiter très souvent les musées pour contempler tous ces artistes qui ont peint de merveilleuses toiles sur le thème de la mer, en pensant à mon cher Gustave L’ECLAIR.

A propos de l’illustration

Cette illustration très colorée représente le signe du Verseau; elle est caractéristique de l’univers de l’artiste Ciou, peintre et illustratrice de renommée internationale (www.ciou.eu).

Ce timbre fait partie du carnet « Féérie astrologique », émis en 2014. Leur conception graphique est de Valérie Besser, à partir des dessins de Ciou.

Illustration : © Ciou / Musée de la Poste

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