Et si un cimetière devenait un lieu d’inspiration littéraire, un lieu pour poser des mots contre l’oubli ? C’était le fil conducteur d’un atelier d’écriture hors les murs où Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les participants à explorer la mémoire — individuelle et collective — au cœur même du Cimetière communal de Bagneux.
Après la visite guidée par la Conservatrice du lieu, Valérie Brégaud Belkassem, chacun a laissé surgir des histoires fictives ou ancrées dans le réel, l’histoire tragique de Jeanne Moyaux (lire les posts précédents), nourries par l’émotion du lieu, la puissance évocatrice d’épitaphes, de médaillons, d’objets.
À suivre le récit de Sandra.
« Tu es mon ombre vivante »
Ce que j’ai oublié de te dire, c’est à quel point tes yeux transpercent de plénitude et de bonté absolue.
Je suis revenue sur ton souvenir à maintes reprises et repenser à ton courage de femme et de grand-mère exemplaire. Tandis que les années coulent de ton absence, rien ne s’abîme dans mon cœur. Pendant que tu reposes en paix, j’imagine la photo de ta naissance en 1918. Tu as traversé des guerres, des décennies d’incertitudes avec une bravoure inoubliable. Et, à toi seule, tu es ce modèle vivant de don de soi.
Ta disparition liée au grand-âge n’efface en rien ta perpétuelle attention pour les autres. Le tourment de ton absence traverse les portes de l’au-delà. Tant d’épreuves traversées sans aucune coupure sur ta droiture et ton esprit bienséant. Je dialogue encore avec tes valeurs sans relâche. Auprès de toi, la continuité de ton âme compte parmi mes aïeuls.
Tu te répands dans mon cœur comme une lumière divine. Ton sourire s’approprie les clés de mon enfance et j’avance vers le futur en retenant l »influence de ton passé. Tu as semé et façonné ma sensibilité enfantine.
Je pourrais te remercier des milliers de fois pour tes rires rassurants, ton élégance, et tes mets délicieux dont j’ai encore le goût radieux. Je crois à l’embranchement de nos cœurs éternels.
Tu as été un élément clé dans la construction de mon enfance. Tu as su faire émarger en moi les valeurs décisives pour faire écho. pour adopter la bonne conduite de vie. Ta longue absence n’est rien à côté de ce qui s’est gravé dans mon être intérieur. Cet éloignement inévitable renforce à jamais, à l’aube de mon âge, la promesse de vivre.
Je remercie la destinée familiale d’avoir eu la chance de te connaître et d’avoir été ta petite-fille. Et comme disait Honoré de Balzac » Ce que l’on aime profondément ne s’oublie jamais ».
Lucie, je prends aujourd’hui conscience du bien que tu m’as apporté.
Ta petite-fille dévouée
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