Et si un cimetière devenait un lieu d’inspiration littéraire ? Ecrire depuis un cimetière pour ne pas oublier ? C’était le fil conducteur d’un atelier d’écriture hors les murs où Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les participants à explorer la mémoire — individuelle et collective — au cœur même du Cimetière communal de Bagneux.
La visite guidée avec la Conservatrice du lieu, Valérie Brégaud Belkassem, a permis aux écrivants d’À Mots croisés de découvrir l’histoire tragique de Jeanne Moyaux, une enfant de Bagneux, victime d’un infanticide à l’âge de quatre ans et décédée le 3 février 1877. Ce sont ses éclairages sensibles ainsi que la puissance des documents (lire post # 1) qui ont nourri l’écriture de récits fictifs, ancrés dans le réel.
En choisissant de mettre le focus sur Jeanne, l’objectif était simple et profond à la fois : lutter contre l’oubli. Personne ne doit oublier Jeanne ! Personne ne doit oublier les infanticides. C’est un fait social, pas un fait divers.
À suivre le récit de Muriel.
Cette nuit, il ne neigera pas
Il fait un temps de grisaille dans cette nuit sans astre.
La neige ne tombera pas.
Il file le père avec dans ses bras assassins son enfant ensommeillée
Ses pas glissent dans des rues sans passant.
Il fait un temps de représailles dans cette nuit sans lune.
L’enfant au visage de l’épouse maudite tombera dans les ténèbres.
Il la soulève jusqu’à la margelle et la jette dans le puits sans eau.
Des cris de terreur et de douleur alertent les badauds.
Il fait un temps de funérailles dans ce jour de lambeaux.
La vindicte populaire ne tombera pas.
Le père meurtrier n’échappe pas à la colère.
Le cimetière communal accueillera la fillette anéantie.
Il fait un temps de bataille dans ce jour de sanglots.
Jeanne ne tombera pas dans un funeste oubli.
Il faut arrêter de compter les enfants estropiés et pourchasser
Les tristes cruautés et infames duretés de la vie.
===
Photo © Archives de la Préfecture de Police de Paris
Laisser un commentaire