Et si un cimetière devenait un lieu d’inspiration littéraire, un lieu pour poser des mots contre l’oubli ? C’était le fil conducteur d’un atelier d’écriture hors les murs où Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les participants à explorer la mémoire — individuelle et collective — au cœur même du Cimetière communal de Bagneux.
Après la visite guidée par la Conservatrice du lieu, Valérie Brégaud Belkassem, chacun a laissé surgir des histoires ancrées dans le réel, l’histoire tragique de Jeanne Moyaux (lire les posts précédents), d’autres nourries par l’émotion du lieu, la puissance évocatrice d’épitaphes, de médaillons, d’objets ! Récits à suivre.
Le cimetière, loin d’être un espace de rupture, devient un lieu de lenteur, d’écoute et de silence — des conditions idéales pour écrire autrement, loin du bruit du quotidien. Une expérience littéraire et humaine rare : celle de réconcilier l’écriture avec le temps long, la mémoire et la présence des absents.
Témoignages
Carmen
Aller dans un cimetière, c’est aller voir la vie au royaume des morts. Et les morts sont ils vraiment morts? Ou bien sont-ils plongés dans un sommeil d’où ils émergeront un jour prochain?
Entre les sépultures, je ressens leur invisible présence, un souffle d’outre-tombe, une autre existence.Je me rappelle combien la vie est unique, fragile, temporaire. Nos heures sont comptées, chaque minute a son importance. Alors, me revient en mémoire cette maxime apposée sur fronton du cimetière d’Alès : NOUS AVONS ÉTÉ CE QUE VOUS ÊTES, VOUS DEVIENDREZ CE QUE NOUS SOMMES.
Muriel
Aller au cimetière,
c’est entendre le pépiement des oiseaux dans le bruissement du vent,
c’est épier le frôlement des branches et le surgissement de visages,
c’est remplir un arrosoir et changer l’eau des fleurs,
c’est arracher les adventices qui égrènent et gagnent du terrain,
c’est flâner dans les allées arborées,
c’est lire une épitaphe et l’inscrire au tréfond de ma mémoire,
c’est lui parler au bord de la tombe, encore et toujours, des petits riens, des événements insignifiants, des fragments de ma vie.
Et puis reprendre le chemin du quotidien sans dénigrer cette traversée qui ne sert pas qu’à entretenir les plantes et à chasser les mauvaises herbes mais à préserver le timbre d’une voix, des mots chuchotés et à remplir ma besace de légèreté.
Francine
Aller au cimetière, c’est rendre hommage aux défunts connus ou inconnus. Mais pour moi, c’est toujours une épreuve et un mauvais souvenir de mon enfance. Balade familiale obligatoire de la Toussaint, dans le cimetière du petit village de mes grands-parents, sur la tombe d’un grand-père que nous, les enfants, nous n’avions jamais connu. Il y avait aussi la pose du pot de chrysanthèmes. Les blagues douteuses sur les morts de notre oncle nous ont marqués et aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à aller sur la tombe de mes ancêtres.
Jean-François
Aller au cimetière, c’est pour moi une balade dans le temps.
Souvent, les après-midi, dès que le temps s’avère propice, j’éprouve le besoin d’errer dans un cimetière. Dans ce lieu je vois des sépultures parfois alignées de façon très géométrique, d’autres fois laissant une impression désordonnée. J’y trouve un moment de recueillement et de retour sur nos histoires et sur l’histoire de l’homme. Je regarde les noms et les dates inscrites sur les pierres et ceux-ci m’inspirent diverses réflexions quand ma situation mon environnement et la vie qui est la nôtre. Le cimetière, lieu de calme et de réflexion, m’ouvre toujours les portes du lendemain.
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