Deux passionnées d’écriture d’À Mots croisés, Carmen Ferchault et Annie Lamiral, ont participé à l’automne dernier à un cycle d’écriture, conçu et animé par Simon Lhéritier, autour de l’exposition « Atala, 1801. Voyage illustré au cœur d’un roman ».
Au printemps, une exposition dans la Bibliothèque de la Maison de Chateaubriand présentait les récits imaginés en atelier dont ceux de Carmen et Annie (voir post précédent + photos).
Aujourd’hui, le recueil vient d’être publié et mis en ligne sur le site internet de la Maison de Chateaubriand
https://www.calameo.com/hauts-de-seine/read/0064434350cd7da16417f
À suivre les récits d’Annie, publiés dans le recueil. Bonne lecture !
🔹Atelier « Atala à la toile » où il s’agissait d’imaginer une critique d’art fantaisiste. Annie a choisi de s’inspirer du tableau « Atala panse la blessure de Chactas », J. Duthé, d’après Charles Abraham (1812 ?)
« Atala panse la blessure de Chactas »
Ce couple, où est-il ?
Quelque part en Louisiane…
Ce couple, qui est-il ?
À gauche, Chactas, un jeune explorateur français
Hier encore, Chactas partait à l’inconnu à la conquête de nouvelles contrées à la recherche de l’or. Hier encore, il voguait paisiblement sur son radeau sur le Mississipi. Hier encore, il défiait les locaux qui lui déconseillaient de pénétrer cette jungle hostile, de s’embarquer sur ce fleuve, pas toujours si tranquille. Ses eaux pouvaient devenir tumultueuses et surprendre les navigateurs inexpérimentés. Difficile alors de tenir le cap dans les rapides, puissants et dangereux. De fait, il pouvait vite générer des accidents plus ou moins fatals !
À droite, une jeune indienne de la tribu Nachez
Atala, alertée par des hurlements de détresse, s’approcha du rivage. Elle qui d’habitude ne rencontrait que des papillons multicolores, des mouches bleues, des colibris, des perruches vertes, des geais d’azur, des cardinaux et des oiseaux moqueurs, nichés dans les micocouliers et les fougères géantes. Elle aperçut une silhouette agonisante. Un homme, jeune, au corps musclé, à la peau d’une étrange blancheur, était adossé à un rocher. À sa vue, il cacha rapidement sa nudité sous une draperie. Dans la chaleur humide du jour, Atala s’approcha de lui. Elle se sentait happée par sa beauté. Si singulière. C’était la première fois qu’elle voyait un étranger ? Elle sentait son cœur vibrer. Son cœur s’emballait. Son esprit était bousculé par des pensées des plus folles. Et, si c’était cela l’Amour ? Elle posa en silence sa main sur le bras de Chactas. Lui fit un bandage avec son jupon pour arrêter l’hémorragie. Maintenant, ils se regardaient en silence. Ils se rapprochèrent comme deux cygnes solitaires et s’enlacèrent. Une étreinte vigoureuse, longue, passionnée.
Un objet, un secret d’histoire
Cet objet intriguant, posé juste à côté de l’arc de notre aventurier, est une boîte de sardines. Étrange, n’est-ce pas ! C’est un ajout, une petite farce du concepteur de cette image, créée avec un nouveau programme d’intelligence artificielle, appelé Cerise 3.0. Il a placé ici un détail d‘un autre fameux tableau de Pierre-Jérôme Gordon, « La Conserverie de la Famille Blanche à Concarneau », huile sur toile du XVIIIe siècle. Cette boîte est particulièrement intéressante car, en fait, sous les sardines étaient cachées des perles de contrebande comme l’inspection des douanes, le révéla quelques années plus tard, dans un documentaire diffusé par ARTE.
⚠️Le tableau original est signé de l’entourage de Pierre-Jérôme, Gordon (1779 – 1838). Cependant, une source de 2025 de S. Lhéritier attribue cette œuvre à J. Duthé d’après Charles Abraham.
Ces informations sont donc à manier avec précaution.
Un détail qui fait marque
Pour les amateurs de détails, attardez-vous sur les pieds de Chactas. Il porte des nu-pieds à semelle rouge. Ce sont précisément ces chaussures qui ont inspiré au XXe siècle Christian Louboutin, les semelles rouges devenant sa marque de fabrique. Aujourd’hui encore, Louboutin est commercialisé de par le monde. Sa collection s’est étendue à des escarpins et à des bottines.
La nature au XIXe siècle
Vous avez sûrement noté, cher visiteur, cet arbre insolite, une espèce maintenant disparue depuis le réchauffement climatique et l’invasion de sauterelles gloutonnes venues de la planète Mars au 22e siècle. Aujourd’hui, seul son nom perdure : « Palmier ». Une appellation utilisée en pâtisserie pour désigner cette délicieuse viennoiserie en pâte feuilletée repliée, évocatrice des branches du palmier.
L’histoire d’Atala
Pour accéder au résumé en quatre minutes et sept secondes : « Une rencontre, un amour impossible. », scannez ce code QR pour accéder au podcast.
Si vous aimez lire (temps de lecture approximatif 95 heures), téléchargez l’œuvre complète « Atala » de François-René de Chateaubriand sur le tout nouveau site de la Maison de Chateaubriand.
Le bonus
À l’issue de la visite, prenez-le temps, cher visiteur, de vous attardez dans l’un des fauteuils Chesterfield de la bibliothèque et méditez cette phrase de François-René de Chateaubriand, extraite d’Atala :
« Si tu crains les troubles du cœur, défie-toi de la solitude. »
🔹 Atelier « Atala à l’étal » où il s’agissait de s’inspirer d’un extrait d’Atala et le transposer dans un univers pas très glamour.
Mamama
Mamama me remit un tote-bag qu’elle avait pris soin d’apporter. Ensuite, elle me glissa quelques billets et petites pièces dans la main.
« C’est un baume », lui dis-je « que je veux pour apaiser ma plaie ».
« Je crains que la pharmacie ne soit fermée aujourd’hui », me répondit-elle avant d’ajouter « Prends aussi du sirop pour la toux, de l’aspirine et des suppositoires. Il y a beaucoup de rhumes, ces temps-ci. Il faut prévoir de quoi les traiter. Moi, je vais faire un tour à la librairie et à la bijouterie. On se retrouve où la crêperie ! »
Chacune de notre côté, nous prîmes notre chemin. Elle, vers le côté Ouest, celui du couchant. Pour moi, vers l’escalator pour rejoindre le niveau deux. Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que nous perdions beaucoup de temps à chercher nos magasins et à faire la queue pour payer.
Le temps s’égrenait à toute vitesse. Ce centre commercial était immense géant, démesuré comme la forêt amazonienne. Sans expérience de ces galeries interminables, nous nous détournions de notre vrai chemin. Nous marchions à l’aventure. Qu’allions-nous devenir ?
Mamama m’envoya un SMS. Elle me racontait ses déboires. Je prenais soin à mon tour de l’informer des miens. Les heures passèrent et, puis, par un heureux hasard, nous tombâmes nez à nez devant la fameuse crêperie.
C’était comme si nous finissions une course à la nage entre des crocodiles ou que nous sortions d’un labyrinthe. Épuisées l’une et l’autre, nous n’avions plus qu’une seule hâte, fuir cette terre hostile. Mamama posa ses mains tendrement sur mon visage, caressa mes cheveux, m’embrassa tendrement. Comme deux cygnes voyageurs, nous partîmes bras dessus, bras dessous, rejoindre le parking par l’ascenseur pour éviter tout égarement, toute nouvelle désorientation.
Depuis ce jour, nous faisons notre shopping toujours ensemble. Nous refusons obstinément toute déambulation solitaire et savourons le plaisir de déguster tranquillement une délicieuse crêpe au sucre avec une petite bolée de cidre doux !
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